Le Pérou nous pousse dans nos derniers retranchements

Après avoir passé deux mois à sillonner confortablement la Suisse, la France et l’Espagne, nous nous sentons prêts à partir à l’assaut de n’importe quelle région du monde. Ayant eu l’opportunité de tester notre matériel et nos corps face à une multitude de conditions différentes, nous emportons avec nous une précieuse expérience de cyclovoyageur. Nous partons dès lors dans l’hémisphère sud avec le sentiment que rien ne peut nous arriver : les grosses galères sont derrière nous ! Notre prochaine destination, le Pérou, n’a qu’à bien se tenir.

Nous profitons des longues heures d’avion pour souffler un peu après plusieurs jours intenses à Madrid : préparer nos affaires et nos montures pour le vol ne fut pas de tout repos. Une fois arrivés à Lima, la capitale du Pérou, nous attendons impatiemment nos précieux vélos en espérant que tous nos efforts pour les protéger au mieux des aléas du trajet par avion seront récompensés. Il réside tout de même une certaine appréhension :

Alors, tu vois nos vélos ?

Non, pas encore, j’espère vraiment qu’ils ne seront pas cassés.

T’imagines, on ouvre le carton et le bambou est fissuré ?

Arrête, ne me parle pas de malheur !

Si un premier carton – le plus petit, celui de Maëlick – nous parvient rapidement, il n’en est pas de même des deux autres (mais quid du quatrième larron ? réponse en fin d’article !). Les bagages défilent devant nous, les autres passagers récupèrent leurs biens alors que nous patientons sagement dans l’optique de voir apparaître nos Cyclik. Toujours rien, et c’est à ce moment qu’Antoine repère une hôtesse à la recherche d’un certain M. Bardet. On s’empresse de venir aux nouvelles, et on apprend que le vélo de ce cher M. Bardet est resté à Madrid, car « l’avion était trop petit pour son carton ». Par solidarité, le vélo d’Antoine a décidé de lui tenir compagnie sur le tarmac madrilène, super ! Bon, la situation semble sous contrôle, on nous annonce que nos deux cartons surdimensionnés arriveront demain avec le prochain vol, alors on s’empresse de quitter l’enceinte de l’aéroport car un certain Luis nous attend pour nous transporter chez John, notre hôte Warmshower. Nous passons l’intégralité du trajet à bombarder notre chauffeur de questions sur la vie locale péruvienne, le tout dans un espagnol plus qu’approximatif. La plupart des questions portent sur les traditions culinaires que nous nous réjouissons de découvrir. Nous atteignons finalement l’appartement de John, qui réside au quatrième étage d’un immeuble. Nous rassemblons donc toutes les forces qu’il nous reste afin de monter tout notre matériel dans les étroits escaliers du bâtiment, et faisons connaissance avec notre hôte dans un petit restaurant du quartier avant de nous offrir un repos bien mérité après cette longue journée.

Quand les vélos sont dans leurs cartons, ce sont plutôt nos muscles des bras qui travaillent lors de nos déplacements !

Le jour suivant, nous établissons nos plans pour notre séjour au Pérou : nous voulons prendre un bus de Lima à Huaraz, point central de la Cordillère Blanche, pour y passer plusieurs semaines à l’assaut des hauts cols et sommets enneigés du massif montagneux. Pour ce faire, nous passons plusieurs jours dans la capitale à préparer ce premier chapitre de notre aventure sud-américaine. Achat des billets de bus, envoi de nos vélos, peaufinage de notre matériel… toutes ces étapes nous permettent d’osciller entre différents quartiers de la ville et de commencer à prendre nos marques dans ce nouveau pays. Evidemment, nous nous accordons également quelques moments plus légers, avec la découverte des délicieux fruits locaux. Mangues, bananes, fruits de la passion viendront raviver des saveurs depuis longtemps oubliées. En plus, nous prenons un malin plaisir à expérimenter des fruits encore inconnus au bataillon. Mention spéciale au Chirimoya qui compensera d’autres découvertes un peu moins savoureuses…

Nous profitons aussi de la générosité de John, jamais à court d’initiatives et de bons plans pour nous faire découvrir sa ville. Il nous présente deux projets sociaux dans lesquels il est impliqué : la rénovation d’un quartier détruit par un incendie dans l’une des zones les plus pauvres de la ville, ainsi que la visite d’un refuge de chiens. Oui, oui, vous l’avez bien lu, Maxime et Antoine, pour qui la peur des chiens n’est un secret pour personne, se sont fait embarquer pour aller promener des toutous abandonnés, pas toujours très dociles, le temps d’une matinée sur la plage de Lima. Au moins, le premier contact avec la race canine péruvienne sera établi, et cela servira peut-être dans le futur quand il faudra faire face à ces bêtes qui veulent nous dévorer les mollets sur nos vélos. Heureusement, les activités proposées par John se soldent souvent par des découvertes culinaires qui apaisent les Riders les moins téméraires après d’intenses émotions. 

Stage d’acclimatation aux canidés pour les Riders

Avant d’embarquer pour Huaraz, une dernière chose reste au programme : se refaire une beauté chez un coiffeur local. Nos cheveux ont poussé depuis la Suisse, et il est temps d’écourter tout ça. Si Maëlick et Antoine se voient très satisfaits de cette expérience, ce n’est pas la même limonade pour Maxime. En jetant un bref coup d’oeil à sa tête, il semble évident que le salon en question n’employait en réalité que deux vrais coiffeurs, le troisième devant être un passant opportuniste, ou un client habitué voulant s’essayer aux joies de la profession. Le verdict est unanime : au vu des dégâts créés, il n’y a pas d’autre choix pour Maxime que de tout raser !

Stage de coiffure pour un passant… Pas sûr qu’il décroche un contrat.

C’est donc beaux comme des sous neufs que nous débarquons à Huaraz, à 3000m d’altitude. Le trajet s’effectuant de nuit, nous mettons toutes les chances de notre côté pour arriver à destination dans les meilleures conditions : nous optons donc pour un siège « Présidentiel » pouvant s’incliner à 180°, offrant donc une qualité de sommeil optimale. C’était sans compter sur deux facteurs importants : Tout d’abord, la route sinueuse menant à Huaraz mettra les estomacs des plus sensibles à rude épreuve. De plus, les sièges sont dimensionnés par rapport aux gabarits locaux, c’est à dire bien plus petits que les standards nécessaires pour nos deux grands dadais, qui doivent se transformer en contorsionnistes afin de profiter des 180° annoncés ! L’état global des troupes à l’arrivée n’est pas beau à voir, entre fatigue et effets de l’altitude qui se font ressentir. Pour chapeauter le tout, il reste encore une mission à effectuer avant de pouvoir profiter d’un repos bien mérité : remonter les vélos, qui nous attendent sagement en pièces détachées dans leurs cartons. Au vu de notre état, nous nous focalisons sur le principal, le but étant uniquement de pouvoir se déplacer de quelques kilomètres afin d’y trouver un spot pour la nuit. Les réglages précis attendront le lendemain. Entre deux coups de vis, Maëlick s’exprime péniblement :

J’ai des chutes de pression tout le temps, je tiens à peine debout, c’est horrible !

Antoine et Maxime, dans le même état, informent Maëlick qu’ils éprouvent les mêmes difficultés, et tout le monde se voit rassuré. Difficilement, nous descendons la vallée en direction de Carhuaz, où nous trouvons un emplacement pour la nuit au milieu d’un terrain de foot, plus fréquenté par les cochons que par les adeptes du ballon rond. Même le chien venu marquer son territoire sur notre tente fraîchement dépliée en guise de bienvenue ne suscitera aucune réaction des Riders amorphes, qui n’attendent qu’une seule chose : se reposer paisiblement dans leur cocon. Au petit matin, la forme globale est bonne et les Riders se sentent d’attaque à descendre la vallée jusqu’à Caraz, à une bonne soixantaine de kilomètres de là. Après un bon petit déjeuner sucré au miel Suisse des abeilles de Johnny, tout le monde est fin prêt pour prendre la route. 

Tout le monde ? Pas vraiment puisque le pneu arrière d’Antoine vient de se dégonfler tout seul. Sentence : chambre à aire fissurée, remplacement obligatoire. Heureusement, nous sommes en possession de quatre chambres à air de secours, et pouvons donc voir venir dans ce genre de situation. On répare ça, on applique quelques réglages sur les vélos et on se met enfin en selle.

Réparation de la première crevaison au Pérou… le début d’une longue série ?

Sur la route, on goûte aux joies des odeurs d’échappement des 40 tonnes, pick-ups et bus en tous genres, qui n’hésitent pas à nous raser les mollets et nous klaxonner à chaque dépassement. Des encouragements, des avertissements, des insultes ? On ne sait jamais très bien, mais ça a le mérite de nous faire sursauter sur nos vélos. Nous découvrons également le triste état des bords de route jonchés de déchets; ceci marque une différence flagrante avec l’Europe. Malgré tout, nous sommes contents car notre état de forme nous permet d’enchaîner les kilomètres. Tout d’un coup, Maxime s’exclame :

– Euh Antoine, arrête-toi voir, ta sacoche arrière a un truc bizarre.

Nous nous arrêtons donc pour analyser la situation, et la sanction tombe : la fixation de la sacoche arrière d’Antoine est cassée, et celle-ci ne tient plus correctement sur le porte bagage… ça c’est la boulette, comment va-t-on faire ces prochaines semaines avec une sacoche pétée ? Inutile de préciser que la région ne regorge pas de revendeurs Ortlieb capables de nous dépanner ! On improvise, et à coups d’attaches rapides, colliers et sangles nous parvenons à un résultat qui tient la route, mais pour combien de temps ?

Nous nous remettons en selle et rejoignons Caraz afin d’y passer la nuit. Nos recherches d’abri nous mènent à la caserne des policiers de haute montagne, où nous plantons nos tentes. A l’heure de préparer notre souper, un violent orage vient balayer la région, et nous nous réjouissons d’avoir transformé leur salle de fitness abritée en cuisine et salle à manger, ce qui nous permet d’être au sec, à l’inverse de nos tentes qui découvrent l’intensité des pluies andines (faut-il préciser que les 3 Riders ont décidé de s’aventurer dans la région au début de l’hiver andin, synonyme de saison des pluies ?) Heureusement, la nuit se fera au sec et nous bénéficions même d’un accès aux sanitaires pour nous laver. 

Le lendemain, les ennuis matériels continuent avec un pneu à plat et un matelas troué à déplorer du côté de Maxime. Après avoir effectué les réparations pneumatiques nécessaires, nous nous mettons en route pour la lagune de Pampacocha, située à 3400m, soit environ 1300m plus haut que Caraz. Là, les Riders y découvrent les joies de la piste et la chaleur étouffante, inattendue à de telles altitudes. Tout tranquillement, les cyclistes atteignent leur but, et se félicitent de leur état de forme malgré l’altitude élevée. 

C’est bon, je pense qu’on est bien acclimatés, s’aventure un des Riders.

Cet avis est partagé par le groupe, qui prévoit dès lors de s’attaquer à un prochain col situé au delà des 4000m. Pour y arriver, les Riders entament une redescente de la lagune jusqu’à Huallanca, en passant par la mythique et périlleuse route du Cañon Del Pato. Ravin vertical en contre-bas, tunnels non-éclairés, risque de chutes de pierres des falaises environnantes, nids de poule ainsi que poids-lourds à croiser viennent pimenter le passage de ce tronçon.

Finalement, seule la fameuse sacoche d’Antoine ne supportera pas cette route, ce qui contraint les Riders à trouver refuge dans un Hostal de Huallanca. Là, nous y découvrons un nouveau mode de voyage : Accès à une douche (pas toujours chaude) et des sanitaires, pas besoin de déplier et replier la tente, garantie d’être au sec, sécurité… cela vaut bien la soixantaine de Soles dépensés pour avoir accès à ce confort. Dorénavant, nous planifierons les étapes de façon à pouvoir loger dans de tels établissements, ce qui facilitera grandement notre quotidien déjà bien assez chamboulé par tous les problèmes techniques. On trouve donc un certain rythme de croisière : la journée, on avale du dénivelé sur des pistes en état déplorable et profitons des paysages époustouflants et en fin d’après-midi, au moment de l’orage quotidien, nous trouvons refuge dans un établissement voulant bien nous céder une chambre correspondant à notre budget. Dans ce train de vie demeure tout de même une ombre au tableau : les crevaisons sont presque quotidiennes, et notre stock de chambre à air et rustines s’égraine comme peau de chagrin, sans avoir de quoi s’approvisionner dans la région. 

À ce rythme là, on roulera sur nos jantes avant la fin de la semaine !

Il faut donc immédiatement réagir. Nous nous efforçons tant bien que mal à réparer toutes nos chambres à air, même celles présentant des trous que l’on jugerait irréparables, dans le cas où l’on serait dans l’urgence. Comme nous n’avons pas 100% confiance en nos talents de « rebletzeurs », nous contactons John afin qu’il nous envoie des chambres à air de secours à la prochaine ville, en espérant pouvoir tenir jusque là avec les moyens du bord.

Question alimentation, notre routine a également évolué depuis l’Europe. Fini le bon pain à la confiture, place au délicieux porridge de Chef Maëlick. Au vu des prix dérisoires des plats en restaurant ou gargote, nous ne nous privons pas de nous y alimenter plutôt que de cuisiner notre tambouille traditionnelle. Au départ, nous nous réjouissions de découvrir les Lomo Saltado, Pollo Broaster, Pollo a la Brasa, Arroz Chaufa ou autres Tallarin Saltado. Cependant, nous réalisons rapidement que ces plats sont les seuls proposés dans n’importe quel établissement, et qu’au bout de quelques jours nous finissons par toujours engloutir des repas aux mêmes saveurs. Heureusement, des délicieuses mangues ou tartes « Tres Leches » viennent parfois égayer ce bien triste tableau. 

Petit à petit, nous nous hissons au sommet de notre premier col à plus de 4000m, où une fois de plus notre condition physique tient bien le coup, les symptômes de l’altitude étant inexistants.

Qu’est-ce qu’on dit à l’altitude ?

Reviens nous voir à 5000m !

Fiers de leur état de santé, les Riders se félicitent de leur ascension et sont persuadés que leurs soucis d’altitude de Huaraz ne sont que de l’histoire ancienne, et que leur progression dans la Cordillère Blanche, où l’altitude maximale ne devrait pas excéder les 4700m, ne sera qu’une formalité. La descente depuis Abra Cahuacona dévoile quelques hauts sommets blancs, qui se faisaient jusqu’à lors un malin plaisir à jouer à cache-cache avec les nuages. La vue y est superbe, et les Riders dévalent les lacets sinueux avec un panorama exceptionnel. 

La redescente nous mène à Pomabamba puis Piscobamba. Nous devons bien vite remmetre le bleu de chauffe et s’attaquer au gros morceau de ce séjour péruvien : le Puertochelo et ses 4700 mètres. Là, rien n’est épargné aux Riders, qui découvrent les joies de la boue qui s’accumule sur leur vélo, rendant toute progression très éprouvante. Le soleil séchant la piste ainsi que quelques coups de grattoir sur la mécanique permettent de se remettre en selle dans des meilleures conditions.

Quand la boue vient ajouter quelques kilos supplémentaires au chargement

C’est au moment où nous pensions avoir atteint notre rythme de croisière pour engloutir ce col que nous sommes contraints à trois jours d’arrêt : Maxime est subitement frappé par des problèmes gastriques et toute progression devient dès lors impossible. Pas pour autant découragés, Maëlick et Antoine se muent en cuistots d’élite et deviennent les maîtres du réchaud à essence, cuisinant tout ce qu’ils trouvent dans les alentours. Bananes plantains caramélisées, hamburgers aux oeufs et autres salades de fruits les aideront à prendre leur mal en patience pendant que Maxime avale péniblement ses quelques biscottes au fond de sa geôle. Alors que le grand malade sort pour la première fois de son lit pour plus de deux minutes, il rejoint ses acolytes dans le jardin et s’exclame soudainement :

Aïe, qu’est-ce qui me bouffe les mollets pareillement ? Il y a des moustiques dans la région ?

Puisque nous nous trouvons à plus de 3000m, nous nous sommes crus à l’abri de tous les petits insectes vampires qui nous ont pourri la vie le long du Rhône. Bien mal nous en a pris: nous nous sommes littéralement faits dévorer par de petites mouches qui se régalent de nos malléoles ! Finalement, lorsque l’état des troupes le permet à nouveau, nous quittons sans regrets le village de Yanama et ses insectes parasites afin de rapidement gagner de l’altitude en direction du fameux col.

Rapidement ? Pas si vite que ça en réalité. A peine la pause de midi est-elle venue que Maëlick se sent à son tour en méforme. Que lui arrive-t-il ? A-t-il trop mangé les jours précédents ? C’est bien possible, et c’est avec cette théorie que nous continuons notre ascension, à son rythme, afin qu’il gère son effort. Malheureusement, son état se dégrade au fil des dénivelés avalés, et c’est sous un petit abri de fortune nous protégeant d’un orage de grêle que nous constatons les dégâts : alors que la nuit tombe, les multiples symptômes du Guide sont de plus en plus évidents. Après avoir fait (un peu trop) les malins avec nos coffres inoxydables et notre acclimatation à l’altitude, nous sommes rattrapés par la dure réalité. À plus de 4450m, force est de constater que Maëlick souffre du mal aigu des montagnes et décidons donc de le faire redescendre avec le premier bus venu.

L’altitude vue par Maëlick

Il est 18h00, 4450m d’altitude et je commence à frissonner. Je ne sais pas trop si c’est l’altitude, une indigestion ou encore une quelconque bactérie provenant d’un des multiples endroits insalubres qu’on a fréquentés. Dans tous les cas, l’effet du Dafalgan d’il y a quelques heures ne fait plus effet et les symptômes commencent à être plus violents. Je me rappelle de l’algorithme de diagnostic quant au mal d’altitude et de son premier principe: « Ne vous mentez pas à vous-même, ce n’est sûrement pas une indigestion ». Après discussion avec Maxime, je me dis qu’il serait peut-être préférable de redescendre même si au niveau de la logistique, ça risque d’être complexe. Je décide d’attendre encore quelques heures et de voir comment mon état évolue.

Malheureusement, je me sens toujours plus mal et c’est avec soulagement que je peux m’allonger dans la tente rapidement montée par Antoine. Avant que je ne ferme les yeux, Max me donne un sac « juste au cas où tu as besoin de vomir ». Heureusement qu’il me le donne, car 30min plus tard je n’ai absolument pas le temps de sortir de la tente que je rends déjà mon panettone du déjeuner. J’entends les copains à l’extérieur parler de mon état qu’ils jugent inquiétant. Par chance, pile à ce moment, une voiture arrive; Antoine et Maxime se précipitent pour l’arrêter. Après quelques minutes, ils reviennent et me disent qu’on va me redescendre en bus. Antoine me prépare un kit de survie : sac de couchage, doudoune, téléphone et porte-monnaie… J’allais presque oublier mon sac à vomi mais j’y pense juste à temps.

Arrivé devant le véhicule, je réalise que ce ne sera pas une partie de plaisir. C’est un minibus plein à craquer d’étudiants péruviens. L’air y est chaud et moite. Pour couronner le tout, je suis assis sur les marches d’escaliers du minibus et suis penché en arrière par rapport au sens de marche. A peine installé, j’ai juste le temps d’entendre Antoine me dire « on se retrouve à Yungay » avant que le chauffeur ne mette les gaz. Inutile de dire qu’entre mon état et celui de la route, le trajet ne se passe pas très bien et je n’ai aucune idée d’où je vais débarquer. J’arrive enfin au premier village à 3700m. Le chauffeur tambourine à la porte de l’Hospedaje et le Dueño m’ouvre une chambre pour la nuit. Je m’écroule lourdement sur le matelas dur et pense à comment je vais retrouver mes deux compères d’aventure. La fatigue a vite raison de moi et je m’endors.

Au réveil tout se passe pour le mieux: j’ai une forme du tonnerre. Je prends un petit déjeuner sur le pouce et après seulement 30 minutes de stop, je trouve un camion qui va jusqu’à Yungay. L’ambiance est conviviale car il y a deux autres auto-stoppeurs avec moi; l’un d’eux déballe un sac rempli de feuilles de coca. Évidemment, j’en prends une pour essayer ! C’est finalement avec le sourire que je retrouve mes amis au sommet du col. Plus de peur que de mal.

Pendant ce temps-là, Maxime et Antoine sont restés au campement et se sont attaqué péniblement, après une courte nuit de sommeil, aux derniers lacets du col. Ils y voient Maëlick, qui s’y est fait entretemps déposer en camion après sa nuit en contrebas à l’hôtel, et qui les encourage à présent dans leurs ultimes coups de pédales.

Comme rien n’est donné, le tout s’effectue sous une fine grêle qui ne manque pas de rappeler la dure soirée de la veille. Les trois Riders se retrouvent au sommet et Maxime et Antoine se voient rassurés de retrouver Maëlick en forme étincelante. Ce moment est assurément LE point fort du voyage jusqu’à présent, où la joie de découvrir le magnifique panorama de l’autre côté du col se mêle au soulagement d’avoir atteint, après en avoir tant bavé, la fin de cette rude ascension où rien ne nous aura été épargné. Bien entamés, les Riders se réjouissent de la descente et du coup d’oeil somptueux sur les lagunes turquoises de Llanganuco. 

Ces lacets sont magnifiques, je me réjouis de les avaler à vive allure pour rejoindre les lagunes, annonce Antoine.

Mais tu crois que la piste sera bonne ? s’enquiert Maxime.

Bien sûr, vu comme elle était horrible de l’autre coté, il n’y a aucune chance que ce soit pire !

Hélas, encore une fois, les Riders vont être surpris. Les lacets en question sont bosselés comme un terrain de motocross et les trois cyclistes doivent faire parler tous leurs talents de slalomeurs pour déjouer les pièges proposés par la piste qui s’humidifie au fil des virages en raison de la pluie qui s’est invitée à la fête. L’état de la piste et la fatigue générale rendent la descente plus qu’éprouvante pour les organismes comme pour les vélos. Les trous dans nos roues arrières et dans nos bouteilles d’eau peuvent en témoigner !

Un changement de roue à Yungay sera nécessaire pour Maxime, ainsi qu’une nuit de repos bien méritée pour tout le groupe. Malheureusement, la nuit n’aura pas apporté que du positif puisque dès le lendemain matin, c’est au tour d’Antoine d’avoir des maux d’estomac, situation répétée peu après par Maëlick. Il est donc rare de compter sur un trio en pleine forme, mais cela n’empêche par pour autant les Riders de poursuivre leur chemin en espérant rencontrer des jours meilleurs. C’est avec cet optimisme que les Riders s’attaquent à la dernière ascension de leur séjour dans la Cordillère Blanche, à savoir le passage par la lagune de Conococha à plus de 4000m. Heureusement, l’itinéraire emprunte cette fois-ci une route goudronnée, au plus grand plaisir des trois cyclistes et de leurs montures.

La route sillonne dans une vallée le long d’une rivière où se mêlent plantations de pêches, agrumes, fraises et myrtilles, le tout à plus de 3000 mètres d’altitude ! Décidément, cette partie du monde nous aura surpris de bien des manières ! Une fois n’est pas coutume, la montée s’effectue sans trop de soucis, mis à part quelques rares affrontements avec des meutes de chiens. Les Riders profitent pleinement d’un dernier coup d’oeil sur les hauts sommets blancs depuis Conococha, avant d’entamer une longue descente jusqu’à la côte pacifique, soit un dénivelé négatif de plus 4000m en une journée ! L’arrivée « à la mer » nous permet d’observer une transition progressive dans les cultures avoisinant la route : les pêches et agrumes des hautes altitudes laissent place aux mangues, papayes, avocats et canne-à-sucre au fur et à mesure que la côte s’approche. Si ce tronçon peut sembler être une promenade de santé, il n’en est rien puisque les Riders sont contraints à lutter contre un puissant vent de face, qui aura le mérite leur chauffer les muscles des jambes et de leur rappeler qu’ici, rien n’est facile !

L’arrivée sur la côte est également synonyme de retour sous le brouillard quasi-permanent, propre à cette époque de l’année, qui ne laisse place que trop rarement à des éclaircies appréciées par les Riders. Afin de rallier Lima au plus vite, nous décidons d’emprunter la célèbre Panaméricaine sur un peu plus de 200 kilomètres. Dans un premier temps, notre progression s’effectue au milieu des champs de fraises d’où émanent d’alléchantes odeurs. Nous nous y sentons presque comme sur une piste cyclable, entre les douces senteurs et le luxe de bénéficier d’une bande d’arrêt d’urgence nous protégeant quelque peu des 40 tonnes nous dépassant à vive allure. Malheureusement, cet environnement changera bien trop vite pour laisser place à un désert, où l’odeur des montagnes de déchets et autres cadavres de chiens le long de la route nous fait rapidement regretter les cultures de fraises. En s’approchant de Lima, nous constatons avec désespoir que la bande d’arrêt d’urgence se transforme en jungle où taxis et bus n’hésitent pas à nous couper la route afin d’effectuer leur transfert de passagers. Nous progressons donc péniblement dans Lima à slalomer entre ce trafic incessant, et voyons petit à petit les bidonvilles laisser place aux quartier plus riches. Nous retrouvons même le luxe d’une piste cyclable, que nous savons apprécier à sa juste valeur après avoir gouté à l’enfer de la Panaméricaine.

Nos colocataires sur la Panaméricaine.

Finalement, nous atteignons l’appartement de John où nous prévoyons de nous offrir quelques jours de repos bien mérités, et de raviver nos papilles gustatives avec des produits oubliés depuis plusieurs semaines. Notre hôte prend un grand plaisir à nous écouter raconter toutes nos péripéties dans un espagnol approximatif mais en progression certaine, et à travers nos discours se ressentent surtout de la fierté et de l’euphorie. En effet, malgré toutes nos petites galères, nous aurons passé un séjour inoubliable dans la Cordillère Blanche qui nous aura donné du fil à retordre, mais nous en aura aussi mis plein la vue ! Le Chili sera prévenu, désormais nous sommes prêts à en découdre et savons que nous pouvons surmonter n’importe quel obstacle !

Aparté

Mais au fait, les Riders n’étaient-ils pas 4 en France et en Espagne ? Qu’est-il advenu de Léo ? Le fin mot de l’histoire: pendant que les 3 baroudeurs suent sang et eau au Pérou et se battent contre absolument tout, le 4ème Rider s’est octroyé un mois et demi de « vraies » vacances. En effet, ne pouvant supporter plus longtemps l’absence de sa chère et tendre Jessica, Léo s’est envolé pour la Suisse au moment où Antoine, Maxime et Maëlick embarquaient pour le Pérou. Et comme un mois de novembre en Suisse est plutôt tristounet, le Rider du dimanche s’est bien vite retrouvé sur les plages paradisiaques de l’Île Maurice. Ici, pas besoin de se préoccuper des chambres à air, de rustines ou encore de se demander si la douche de l’hôtel aura bien de l’eau chaude. Léo et Jessica se demandent plutôt quels cocktails ils se prendront à l’heure du coucher de soleil. Un autre type de voyage, pas forcément moins agréable !

6 commentaires sur « Le Pérou nous pousse dans nos derniers retranchements »

  1. Et ben les jeunes que d aventures!
    Je me demandais quand, vous nous parleriez du Perou!
    Ah, ces routes de caillasse, ça te grule les poignets, les coudes et la cervelle !
    A moins, peut-être que le bambou soit très absorbant…
    C est chouette d être trois! C est bon de pouvoir compter sur les copains, dans les moments de faiblesse.
    Et le Leo… vas tu rejoindre les copains ou t abandonner dans les bras ensorceleurs de ta belle?
    L avenir nous le dira 🙂
    Quel bonheur de vous lire et de vous savoir heureux !
    Je vous envoie plein d amitiés.
    Olivier

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  2. Salut Antoine, salut les copains d’Antoine,

    Comme Olivier Murset (que je salue au passage) j’attendais avec impatience de vos nouvelles et les voici presque au pied du sapin couvert de neige. Si chez vous c’est la Cordillère qui est blanche, chez nous c’est l’hiver qui est blanc (en principe) et ce phénomène est en relation avec la neige et le froid (n’est-ce pas cher Antoine). C’est très beau et ça  » énergise  » les batteries 🙂 .
    Quel plaisir de vous lire, d’apprécier vos photos, de voyager par procuration et de découvrir que votre petite équipe est solidaire tant dans la joie que dans la peine, que les multipes expériences vécues vont prendre beaucoup de place dans vos bagages et sans excédent de poids ce qui n’est pas négligable lorsqu’on pédale et prend l’avion.
    Belle suite de voyage à vous tous et Joyeux Noël (je vous fais confiance).
    Merci beaucoup Antoine pour ta carte posée sur le coin de la table de la cuisine.
    Bises à tous

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  3. Hola, nous nous sommes rencontré dans un petit atelier de réparation de vélos à Zaragoza, nous sommes contents de voir que votre voyage se déroule plutôt bien.
    Bonne continuation et bonne nouvelle année 2022

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  4. La cordillera Blanca. Un lugar increíble pero duro! todo mi respeto por hacer este viaje y comer toda la torta tres leche en un dia! Me alegro de que hayas sobrevivido a la Panamericana. Buen viaje a Lima y disfrutan el queso helado en Arequipa con mucha canela!!! Secondo picso en el mercado central….

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