Chili central: entre asados et temps de grenouille

9 décembre 2021: les Riders se retrouvent à nouveau avec un effectif complet ! Après 15h30 de temps de vol cumulé, Léo a en effet atterri à Santiago. Le groupe se retrouve dans la joie chez Mario, un Santiagois qui nous héberge pour la nuit. Au moment des retrouvailles, Léo ne peut s’empêcher de noter un certaine prise d’embonpoint au niveau du ventre d’Antoine et de Maëlick. Que s’est-il passé au Pérou ? Un cyclovoyageur n’est-il pas supposé perdre du poids durant son voyage ? Les différents postres péruviens auront pour sûr décidé du contraire… Maxime a lui réussi à garder un tour de taille plus typique d’un athlète – les tentatives d’explications à ce sujet vont bon train, la plus probable étant qu’à force d’être malade au Pérou, Maxime n’a pas eu le temps d’accumuler de réserves.

La prochaine pesée risque de faire mal !

La ville de Santiago ne possède à nos yeux pas de charme particulier et c’est assez rapidement que nous quittons la métropole pour (re)gagner Pichilemu et la maison de notre ami Bertrand. Les 250 km qui séparent Santiago de Pichilemu n’ont rien d’inoubliable: petites collines déforestées et vastes cultures de fruits se succèdent jusqu’à la côte pacifique. Faire du camping sauvage est très difficile car la région (et le Chili en général) est morcelée en immenses propriétés privées qui nous empêchent, à coups de kilomètres de barbelés, d’accéder aux prés ou aux restes de forêts pourtant vides. Résultat: on fait feu de tout bois, un bord de route peu fréquentée peut faire l’affaire. La vie de château !

« On n’est pas si mal » , « Au moins c’est plat »

Comme au Chili, décembre rime avec été, le longues journées ensoleillées nous permettent de facilement enquiller les kilomètres jusqu’à chez Bertrand et Pachy, qui nous accueillent à nouveau bras ouverts pour un asado (des grillades à la chilienne) dans leur jardin. Les quantités de viande grillée sont démesurées pour nous autres Européens; un morceau « normal » de boeuf pèse 2.5 kg et se grille en une seule fois. À la fin de la soirée, nous sommes repus et nous endormons bien vite en pensant déjà aux prochains repas qui s’annoncent moins gastronomiques. Or, contre toute attente, le lendemain matin, la famille de Pachy débarque au moment où nous mettons les voiles et il ne faut pas longtemps pour que nous soyons invités pour l’asado du soir. La fonte des bouées attendra et nous bâfrons à nouveau plus que de raison; c’est avec le coeur et l’estomac lourds que nous quittons Pichilemu au petit matin. 

Une pièce de viande standard au Chili

La prochaine étape sera la cascade dite « inversée » du fond de la vallée du Maule, qui se trouve toute proche de la frontière argentine. Seulement, pour y arriver, nous devons nous farcir 400 km de routes pas toujours goudronnées mais toujours vallonnées – nous nous rendons compte encore une fois qu’à vélo, rien n’est jamais vraiment plat, surtout quand on se trimballe 30 kg de matériel inutile exotique sur la bécane. Arrivés à la vallée du Maule, nous débutons notre ascension, qui sera rude: 1800m de dénivelé positif sous un soleil de plomb nous attendent. Mais au fur et à mesure que nous approchons de la cascade, les paysages deviennent somptueux; les pentes des sommets arides qui surplombent la vallée servent aussi d’aire de chasse pour les fameux condors des Andes:

Notre objectif 70mm atteint ici ses limites…

La cascade inversée doit son nom au comportement spécial de l’eau qui s’écoule: sous l’effet des forts vents qui balaient la vallée, des gouttelettes d’eau défient la gravité et « remontent », donnant l’impression que la cascade est bel et bien inversée:

Repos bien mérité après une longue ascension !

Le coup d’oeil depuis la cascade valait définitivement le détour, mais il est déjà temps pour nous de redescendre dans la plaine pour continuer notre périple. Mais pas question de quitter la région sans goûter au fameux vin chilien. Alors que nous faisons le forcing pour pouvoir faire une dégustation dans une cave, nous faisons la connaissance de José, un employé du vignoble du coin, qui nous permet bien gentiment de planter nos tentes sur son parking en terre. Ce que nous ne savions pas, c’est que c’est aussi son anniversaire et que bientôt toute sa famille débarque ! José présente vite ses nouveaux amis gringos à l’assemblée et nous sommes même invités à partager le dessert. Encore une fois, nous sommes frappés par la gentillesse et la générosité des Chiliens.

Notre ami José fraîchement sexagénaire

Même si l’accueil local nous a ravis, les paysages de la partie centrale du Chili ne sont pas forcément mémorables et nous décidons d’accélérer radicalement notre descente vers le Sud du Chili. Ainsi, nous embarquons contre une bouchée de pain sur la banquette arrière d’un camion faisant le plein à une station-service de Talca, et nous retrouvons une dizaine d’heures plus tard à Valdivia. Comme il est déjà très tard, Felipe et Angelo (les camioneros) nous proposent de dormir dans la cale du camion; on accepte volontiers mais mieux vaut ne pas être claustrophobe… 

Les Riders seront-ils toujours aussi souriants après 10h de trajet, le dos en compote ?

De manière assez surprenante, la région de Valdivia ressemble par certains aspects beaucoup à la Suisse: forêts tempérées, pâturages où broutent paisiblement quelques vaches, rivières qui serpentent… La seule différence de taille est la présence de l’océan Pacifique et de falaises impressionnantes qui nous rappellent qu’on se trouve à 15000 km de la maison. La maison nous manque d’ailleurs un peu (beaucoup pour certains) au moment des fêtes de fin d’année; et malgré 3 jours passés à nous empiffrer de plats préparés avec amour dans un Airbnb loué pour l’occasion, nous devons bien avouer que nos pensées allaient surtout vers nos proches qui subissent les intempéries hivernales et le théâtre 3G/2G/2G+. Avant de nous remettre à rouler, un asado chez Toti – un ami Erasmus de Maxime – nous met un peu de baume au coeur et nous permet de parfaire notre apprentissage des gros mots chiliens.

Arrière-plan plutôt atypique pour un pâturage…

L’estomac plein et les jambes dégourdies, nous nous remettons au travail le 27 décembre et roulons en direction de la région des lacs, qu’on nous a vendue comme un incontournable du Chili. Nous déchantons bien vite: le mauvais temps s’invite à la fête et nous ne voyons rien des supposés magnifiques paysages composés de lacs et de volcans. Est-ce là un avant-goût de ce qui nous attend en Patagonie ? On n’espère pas, la route risque d’être longue si on ne voit que son guidon. Pour ne rien arranger, nous enchaînons les crevaisons à un rythme menaçant notre stock de chambres à air et de rustines : 

Deux crevaisons valent toujours mieux qu’une.

Le mauvais temps quasi constant nous permet en revanche d’expérimenter un nouveau type d’hébergement: les casernes de pompiers. Les bomberos font souvent preuve d’une hospitalité très charitable en accueillant 4 Riders glacés et détrempés pour une nuit au sec. Pour nous, c’est l’occasion de rencontrer des locaux toujours sympathiques et enthousiastes; une compagnie nous a même invités pour un asado traditionnel à la broche, avec en guise d’aide à l’allumage une bonbonne d’oxygène sous pression ! 

Juste assez de viande pour quatre…

Malheureusement, les Riders n’arrivent pas à forcer toutes les portes des casernes qui se trouvent sur leur chemin… Nous faisons chou blanc au pire moment: lors du soir de la Saint-Sylvestre. Dans la petite ville de Futrono, personne ne peut (ou veut) accueillir quatre cyclovoyageurs pour passer le nouvel-an au sec. Pourtant, nous avons tout essayé: les pompiers, les policiers, les restaurants, les bars… C’est peine perdue. Par conséquent, nous nous abritons sous un avant-toit de la mairie locale et cuisinons un couscous de gala, avant de nous rouler bien au chaud dans nos sacs de couchage une fois minuit passé. 

Si en règle générale, le temps est franchement exécrable, il faut tout de même bien avouer que lorsque le soleil daigne montrer le bout de son nez, la région est effectivement magnifique. De grands lacs bleus s’étendent au pied de volcans enneigés pour un effet « carte postale » garanti :

Le lago Llanquihue, au pied du volcan d’Osorno

Nous achevons notre parcours dans la région des lacs par un séjour de quelques jours chez Christian, un hôte Warmshower de Puerto Varas. En plus d’être un passionné de vélo – il a traversé les Amériques sur sa bécane pendant 2 ans – Christian est un expert de la Carretera Austral (notre prochaine étape !) et nous gratifie de précieux conseils pour tracer notre future route. C’est aussi à Puerto Varas que nous nous faisons vacciner pour la 3ème fois contre les restrictions gouvernementales diverses le Covid-19, après que l’accès à l’intérieur d’un restaurant nous a été refusé à l’occasion des 27 ans de Maëlick. Une piqûre plus tard, et voilà nos QR-codes à nouveau en règle; nous ne représentons plus un risque sanitaire majeur pour l’état chilien. De bon augure avant la pluie battante et le vent de face qui nous attendent sur la Carretera Austral !

La dernière journée de beau temps avant longtemps ?

Bonus: le retour de Léo vu par les 3 autres Riders

De retour à Santiago, Léo nous rejoint enfin dans la capitale chilienne. Après avoir passé un mois dans le luxe sur l’Île Maurice à écumer les hôtels 5 étoiles, son état d’esprit fait débat parmi les autres Riders. Sera-t-il prêt à retrouver son matelas de sol et à partager ses nuits avec l’un d’entre nous sous tente, plutôt qu’avec sa chère et tendre amie ? Comment vivra-t-il le retour à une alimentation monotone, à la saleté et à l’absence de douches chaudes ? Au moment des retrouvailles, ces questions demeurent en suspens. Nous partageons un premier repas ensemble afin de nous raconter mutuellement nos mois de novembre respectifs (et foncièrement différents) et en profitons pour lui glisser que dorénavant, c’en est fini des petit-déj’ baguette-confitures-viennoiseries; place au fameux « porridge de travail » !

« Moi, j’aime bien le porridge » s’exclame un Léo enthousiaste à cette idée. 

Tant mieux, car il va devoir en avaler, le bougre, des kilos d’avoine. De retour sur le vélo, le touriste aura une grande facilité à redonner ses coups de pédale et nous avançons à très bon rythme. Cependant, nous avions vu juste: rapidement, les routes chiliennes ne manquent pas d’agacer notre gringo national. Les pistes sont trop défoncées, elles montent trop, il y a trop de poussière et on est toujours sale… Les miaulements fréquents nous font bien sourire, surtout sa petite préférée: « On est beaucoup trop lourds ! »

Mais ce qui nous fera le plus rire, c’est ce fameux matin, après trois porridges consécutifs, où Léo s’exclame: « J’en ai marre de bouffer du porridge, je ne suis pas un âne! ». Visiblement, l’avoine des Riders ne doit pas être du niveau des petit-déjeuners de luxe des hôtels mauriciens, alors même que l’on s’efforce de le rendre gourmand avec un ajout de fruits frais, de sucre et de cannelle. En résumé, c’est entre quelques bonnes salves de rire et dans une ambiance taquine que Léo se réintègre au quotidien des Riders, qui sont d’ailleurs unanimes: le quatrième larron leur avait bien manqué et son retour, accompagné de quelques boules Lindor double chocolat, est une nouvelle réjouissante pour la suite du périple.

9 commentaires sur « Chili central: entre asados et temps de grenouille »

  1. Ti bouffe ou ti bouffe pas…ti crève quand même !
    C est sûr qu après les 12 kg de surpoids de certains…les pneux sont mis à rude épreuve ! 🙂
    Ça me fait très plaisir de vous savoir en pleine forme !
    Si le beau temps se met de la partie… vous allez voir des paysages extraordinaires .
    A tout bientôt pour de nouvelles aventures !
    Plein d amitiés.
    Olivier

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  2. Salut les 4 riders.

    C’est un plaisir de vous lire, surtout bien au chaud sur un bon canapé …😉.
    Nous vivons un peu à travers vous vos difficultés et vos joies et c’est très prenant.

    Quelles expériences vous vivez. C’est incroyable.

    Je vous souhaite bonne route et belle suite d’aventures.

    Bisous à tous et un 2ème gros bisous à mon fils.

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  3. Encore un bel article, BRAVO! Encore une fois, c’est un plaisir de vous lire. C’est une bouffée d’air frais dans notre quotidien bien moins rocambolesque que le vôtre. Bonne chance et beaucoup de plaisir pour la suite.

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  4. No creo que viven en carpa mis suizos… Warmshower, bomberos y amigos. Muy lindo la patagonia en Chile y puedo imaginar como fue la comida para navidad… ENORME. Siempre demasiado mucho hihi

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