De Lausanne à Sète: premières expériences et Via Rhôna

Nous voilà donc enfin sur nos bécanes, en route vers l’Espagne ! Nous effectuons nos premiers kilomètres sur la Côte vaudoise et profitons, le soir venu, de l’hospitalité de Marie et Olivier qui nous permettent de planter nos tentes dans leur jardin, à Gilly. Le voyage n’a pas encore un vrai goût d’aventure, mais il faut bien commencer quelque part ! Première nuit sous tente, et première satisfaction : le matelas de sol de chaque Rider est confortable et permet de bien récupérer des efforts de la journée. Nous traversons la frontière française le surlendemain, et attaquons l’itinéraire cyclable de la Via Rhôna, qui relie Genève à Arles en suivant le Rhône.


De Genève à Lyon, cette voie verte est très agréable car très variée : lacs, fleuve, montagnes et forêts se succèdent. Nous prenons gentiment nos marques dans la vie quotidienne, en particulier au niveau des repas et des « douches ». Le petit-déjeuner se prend, en général, après avoir replié les tentes ; chaque Rider avale une baguette de pain généreusement tartinée de confiture (dont la consommation moyenne s’établit rapidement à un pot par jour pour tout le groupe !). Quant au dîner, si nous avions commencé par faire des pique-niques à base de pain, charcuterie, fromage et fruits, il est vite apparu que la solution la plus économique et la plus pratique restait le bon vieux sandwich acheté en boulangerie. Google Maps devient un outil presque indispensable pour décider de nos haltes : on ne trouve pas forcément une boulangerie tous les 2 kilomètres ! Enfin, le repas du soir se compose d’un kilo de pâtes ou de couscous, décliné dans toute une gamme de sauces : tomate-basilic, tomate-aubergine, tomate-ricotta, tomate-olive, tomate aux 3 légumes, pesto vert de chez Lidl, pesto vert de chez Intermarché, pesto rouge de chez Lidl, pesto rouge de chez Super U…. On se régale.

À votre avis: pâtes ou couscous ?

Les Riders of the Milkyway apprennent aussi à se satisfaire de peu pour ce qui est des douches ; la proximité du Rhône permet presque toujours de piquer une tête en fin de journée et de se savonner de la tête aux pieds. À défaut d’en ressortir totalement propre, on en ressort beaucoup moins sale qu’avant… Le temps des douches quotidiennes avec de l’eau chaude nous semble déjà bien loin ! Si par malheur nous ne parvenons pas à trouver un point d’eau, chacun se glisse, le soir venu, dans son drap de soie (appelé plus familièrement « sac à viande ») pour ne pas trop salir le sac de couchage et le matelas de sol.

Qu’en est-il des lessives ? Là encore, la procédure est relativement rustique ; si le Rhône passe près de notre campement, les habits du jour passent généralement sous l’eau et prennent un coup de savon – malheureusement, il arrive qu’une odeur de vase imprègne les vêtements fraîchement « lavés ». Après quelques lavages de cet acabit, une lessive plus rigoureuse est généralement nécessaire et nous devons alors sortir nos petites lingettes de lessive. Nous les mettons dans un sac plein d’affaires sales, et nous trempons le tout dans le Rhône. Ça ne remplace évidemment pas une vraie lessive, mais c’est mieux que rien !

« Il y a du linge étendu sur les terrasses, et c’est joli… »

Au niveau de la distance parcourue chaque jour, nous prenons un rythme qui, après coup, nous apparaîtra comme beaucoup trop soutenu. En effet, nous plions bagage le matin à 10h (après 1h30 de remballage des affaires et de petit-déjeuner), roulons 3h, mangeons notre sandwich, roulons encore 2-3h et nous voilà déjà en train de chercher notre site de campement pour la nuit, après 80 à 90 km de route parcourus. Cela nous laisse très peu de place pour d’autres activités qui font aussi partie d’un tel voyage ; avec le recul, nous mettons cette impatience et cet empressement sur le compte de notre motivation à rouler et à quitter les régions qui nous sont familières. Un temps d’adaptation est toujours nécessaire ! Après quelques jours de voyage, nous rencontrons également notre premier petit souci : un joint de réchaud mal fixé qui nous empêche de cuire notre kilo de pâtes (ou de couscous) le soir venu. Ça tombe bien, notre route nous mène au cœur de Lyon où nous pouvons réparer l’appareil au magasin « le Vieux Campeur ».

Si l’arrivée à Lyon sur la route de la Via Rhôna est bien aménagée, on ne peut pas en dire autant de la sortie Sud de l’itinéraire : nous passons 20km dans la banlieue de Lyon au milieu des voitures avant d’enfin rejoindre une route plus tranquille. Nous poursuivons notre chemin jusqu’à Vienne, où nous faisons la rencontre de Marianne, qui nous invite à passer la nuit dans son jardin. Elle nous offre même l’opportunité de prendre notre première vraie douche depuis le début du voyage ; en plus, Marianne nous propose de partager le repas du soir tous ensemble, avec son compagnon Will et son fils Tristan. Nous sommes immensément reconnaissants et touchés de l’accueil chaleureux et c’est presque à regret que nous reprenons notre route.

À partir de Vienne, la Via Rhôna est certes très jolie (les flancs de coteaux de vignobles célèbres des Côtes-du-Rhône se succèdent) mais devient finalement assez monotone. De plus, les moustiques semblent tous avoir élu domicile le long du fleuve et se gavent sur nos chevilles et nos avant-bras. Enfin, l’humidité des lieux a une forte tendance à se condenser, au petit matin, sur la bâche extérieure de nos tentes ; cela nous oblige à les laisser sécher une demi-heure au soleil. Pour briser un peu cette monotonie, Maëlick (rapidement renommé Gaston Lagaffe par les autres Riders) décide de tordre sa chaîne en essayant de la remettre en place après un déraillement dans les environs de Montélimar. Malgré les premiers secours prodigués, la sanction tombe : il faudra racheter une chaîne de vélo ! Une fois l’achat effectué, nous décidons de quitter la Via Rhôna et nous dirigeons vers la Provence.

Gaston ne peut que constater les dégâts et regretter son excès d’engagement…

Nous roulons rapidement au milieu de paysages typiques du Sud : pinèdes, champs de lavande et coteaux de vignes se succèdent, et c’est avec énormément de plaisir que nous roulons sur des petites routes départementales peu fréquentées. Les odeurs de Provence sont d’ailleurs bien plus agréables que celles du bord du Rhône – Antoine en particulier se sent revivre : ses cellules olfactives sont habituées aux parfums du Sud et c’est en redoublant d’enthousiasme qu’il nous chante une sélection des meilleurs titres de Nino Ferrer, de Daniel Balavoine, de Toto Cutugno et de Britney Spears (oui, vous avez bien lu).

Notre passage en Provence est aussi motivé par la présence sur place d’un ami qui loue, pour une semaine, une villa près de Gordes. Nous profitons de cette aubaine pour recharger (littéralement) nos batteries et prendre notre deuxième vraie douche. 3 Riders décident ensuite de s’attaquer au mythique Mont Ventoux via la route de Sault (devinez qui des 4 Riders s’est accordé un jour de pause…). Suite à cette étape haute en sport pour certains, nous décidons de descendre plus gentiment en direction de Cavaillon, où nous dégustons d’excellents melons. Nous faisons halte près de St-Rémy-de-Provence, où Pierre-Jean et Martine nous accueillent dans leur jardin. Pierre-Jean nous trace aussi notre itinéraire pour la suite de notre voyage en Provence et en Camargue : il nous conseille de passer par le massif des Alpilles et de faire une courte halte aux Baux-de-Provence, avant de redescendre vers Arles.

Il faut savoir que le climat provençal est particulièrement sec en été ; le mistral parfois violent qui souffle n’arrange rien. Ainsi, les terres et les gosiers sont secs. C’est pourquoi nous décidons de visiter la cave du domaine viticole du Mas de Ste-Berthe et de nous accorder un moment de détente. Après une discussion collégiale, un verre à la main, il est aussi convenu de ralentir quelque peu l’allure et de profiter des régions que nous traversons. Nous ne nous fixerons dorénavant plus d’objectif kilométrique quotidien et nous laisserons guider par l’envie et la forme du moment. La sécheresse de la région nous permet aussi d’expérimenter pour la première fois un second type de douche artisanale de voyage : la douche à la poche à eau. Elle consiste à remplir une poche à eau Ortlieb de 10 litres et à l’accrocher à un arbre (à défaut d’arbre, Antoine la tient à bout de bras), et d’utiliser l’embout spécial « douche » pour faire couler un petit filet d’eau sur nos peaux sales pleines de transpiration. Comme on dit souvent : « c’est pas le grand luxe, mais ça fait le taf ».

Un brossage de dents matinal des Riders

La dernière étape de cette première partie du voyage nous emmène en Camargue, que nous découvrons tous pour la première fois. Les paysages sont absolument magnifiques : des marais salants aux flamants roses, on s’en met plein les mirettes ! Malheureusement, c’est aussi ici que nous débarquons, après un malheureux concours de circonstances, dans un camping estampillé 3 étoiles qui en vaut bien deux de moins. Nous passons une nuit compliquée sur une parcelle en terre battue jonchée de détritus, enfumés par des odeurs d’égout. Mais rien ne peut entamer le moral des troupes et c’est avec enthousiasme que nous longeons le canal du Rhône à Sète (oui, c’est bien le nom complet du canal !) en direction de – vous l’aurez deviné – Sète, où la famille d’Antoine dispose d’une maison. Sur place, nous nous prenons une journée de pause et commençons d’étudier l’itinéraire des prochains jours.   

Ces premières deux semaines de voyage ont été riches en enseignement ; les 4 points principaux à retenir sont :

  1. Ne pas forcer comme un forain pour remettre une chaîne de vélo qui a déraillé.
  2. Toujours mettre la bâche sur la tente, sinon la rosée aura raison de votre bonne humeur au petit matin.
  3. Google Maps est certes très pratique pour trouver des boulangeries, mais a une mauvaise tendance à envoyer 4 Riders chargés comme des mulets sur des chemins de VTT impraticables.
  4. Toujours vérifier, si possible, les avis d’utilisateurs concernant les campings avant de payer 56 euros pour une parcelle de terre sale.
Maxime sur son Cyclik, tout content d’avoir payé une fortune pour une nuit de camping sur une parcelle pleine de mégots. Heureusement, un cageot rempli de fruits saura nous faire digérer cette mésaventure.

5 commentaires sur « De Lausanne à Sète: premières expériences et Via Rhôna »

  1. Salut les riders !
    Cela fait très plaisir de vous lire ! Quel humour et quelles belles analyses et conclusions, Master(s) !
    Profitez bien de la suite de cette aventure je me réjouis déjà du prochain billet et de voir l’évolution de vos repas et autres considérations techniques !
    Rating: ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

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  2. Sur le moments, vos péripéties ne devaient pas paraître très drôles … Mais vous lire, m’a beaucoup fait rire. Je me réjouis de lire la suite de vos aventures.

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    1. Hello Fleur,

      Les péripéties font clairement parties de notre aventure et nous aussi on en rigole encore! On espère que les prochains articles seront aussi drôles 😉

      Maëlick et les trois Riders

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  3. Merci vous 4. Comme j’ai fait Dimanche passé les mêmes 500 km que vous avez fait pour débuter votre voyage, je me suis demandé si vous avez pu garder vos bécanes au sec dans le Gard et l’Hérault ?? Dans les inondations ici un radeau en bambou aurait été plus pratique que vos vélos !!
    Bonne route pour la suite !
    Frans

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  4. Mis suizos son genios! Creo que el comienzo de ganar peso no fue en peru… fue muy pronto en el viaje. Siempre buscando panderia hihi. Muy divertido leer el blog. Buen trabajo!

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