Les Pyrénées françaises en mode déjanté

Nos séances d’astrophotographie pleines d’humidité du Haut-Languedoc terminées, nous mettons le cap sur les Pyrénées. C’est dans un café de la région de Carcassonne que nous traçons notre itinéraire; nous décidons de montrer les muscles et de nous farcir plusieurs cols en traversant les Pyrénées d’est en ouest, avant de traverser la frontière espagnole au col de Pourtalet. Même si nous sommes à présent des sportifs d’élite, un certain soin doit être apporté au choix de la route. En effet, vus nos chargements de mulet, il nous est difficile de monter des chemins très raides dépassant les 10% de pente moyenne. Nous devons donc nous rabattre sur des cols plus accessibles et faisons donc une croix sur les cols les plus pentus et les plus réputés, comme par exemple celui du Tourmalet.

Notre itinéraire valloné des Pyrénées

Avant d’arriver en Ariège (située plutôt à l’est de la chaîne des Pyrénées), nous essuyons un orage dantesque pendant une nuit passée sur les hauts de Carcassonne. Au plus fort des précipitations, nous nous demandons si notre tente tiendra le coup – sauf Antoine qui dort comme un loir avec ses boules Quies. Le résultat est probant: nous passons la nuit au sec !  

Lors de notre arrivée à Tarascon-sur-Ariège, nous profitons d’une éclaircie pour faire sécher nos tentes. Initialement, nous avions prévu de monter le col d’Envalira pour passer à Andorre-la-Vieille, mais la route nationale très fréquentée qui y mène n’est pas du tout adaptée aux cyclistes. C’est pourquoi nous décidons de faire l’impasse sur Andorre et de nous diriger sans plus attendre sur la vallée du Saurat et le col de Port. Au village de Saurat, nous cherchons un petit nid douillet pour planter nos tentes et c’est là que nous faisons la connaissance de Will, un local originaire de Ferney-Voltaire qui avait repéré notre drapeau suisse en nous dépassant sur la route. Nous discutons le bout de gras et nous rencontrons vite son colocataire Nico. Les deux joyeux lurons nous invitent bientôt à boire un coup et à faire des grillades chez un de leurs potes, Jeff. La soirée est chouette, nous rencontrons tout le gratin sauratois et Nico nous propose de passer la nuit dans sa yourte qui trône au milieu de son grenier. 

La vraie yourte mongole de Nico

Le lendemain, nous reprenons notre route et commençons de gravir le col de Port, accompagnés par Nico et un couple d’amis sauratois, Yohan et Jessica. C’est après 5 minutes d’ascension que se produit notre première grosse tuile du voyage: la jante arrière d’Antoine n’est plus en état de rouler ! Une inspection détaillée des roues arrières des 3 autres Riders dévoile également des premiers signes de fatigue. Les mauvaises langues diront qu’à force d’engloutir un demi pot de confiture chaque matin, cela devait bien finir par arriver… Nous profitons encore de la générosité et de l’hospitalité de la coloc’ des copains pour établir un plan de sauvetage; il nous apparaît vite que la meilleure solution consiste à se rendre à Toulouse pour espérer y trouver 4 roues arrière compatibles avec nos bécanes. Un malheur n’arrivant jamais seul, ce pépin nous tombe dessus un samedi après-midi, nous forçant à attendre deux jours que les magasins toulousains ouvrent enfin leurs portes (le lundi, c’est fermé !). 

Cette halte forcée nous permet de profiter de l’Ariège. Nous baroudons pendant deux jours, et entre nos marches sur les montagnes locales, les soirées barbecue et les réparations de toit, nous n’avons pas le temps de nous ennuyer. Nico nous promène dans tout le village de Saurat et sa bonne humeur est contagieuse. Néanmoins, c’est avec une certaine appréhension que nous débarquons à la gare de Toulouse le mardi matin et que nous commençons nos recherches. Nous écumons tous les magasins de vélo de la ville et par chance, nous trouvons quatre roues qui font l’affaire ! Nous rentrons « à la maison » à Saurat tard le soir, et décidons de fêter notre départ en organisant un petit repas le mercredi. 

Les copains sauratois, les Riders et la jante

Le lendemain, nous mettons les voiles le coeur lourd: l’accueil réservé par les Sauratois nous aura beaucoup touchés et nous souhaitons le meilleur à toute cette bande de joyeux lurons. Nous passons donc le col de Port pour de bon et entamons la descente sur Massat (connu pour ses fameux clous jetés sur la route au moment où le Tour de France fait étape dans le village). La météo est exécrable et nous nous réfugions, le soir venu, dans un restaurant où nous fêtons notre premier mois de voyage par un gueuleton. Les roues flambant neuves apprécieront ! Revigorés par ce festin, nous enchaînons le lendemain avec le col de la Core. Cette fois-ci, le soleil est au rendez-vous et on se régale avec les superbes paysages qui ne sont d’ailleurs pas sans rappeler ceux des Préalpes suisses. Après la descente du col, nous décidons de tester plus rigoureusement la solidité de nos nouvelles roues en nous gavant de pâtisseries au village de Castillon-en-Couserans. Le verdict est clément: les roues tiennent le choc !

La vue depuis le Col de la Core – ça ressemble au pays de Fribourg !

La météo des Pyrénées (du moins au mois de Septembre) est très changeante et c’est une pluie battante qui nous accompagne lors de notre ascension du col de Portet-d’Aspet et du col des Ares. Nous faisons halte pour la nuit à Cierp-Gaud, où nous commençons par nous réchauffer dans un bar. Le hasard fait que ce bar accueille aussi un groupe de chasseurs déjà passablement éméchés (le sketch des Inconnus sur la chasse vous donnera un aperçu assez fidèle des individus). L’un d’eux, Marc, s’approche de nous et engage la discussion; il nous propose vite de planter nos tentes dans son jardin. La femme de Marc sera moins enthousiaste à notre arrivée – elle nous confiera par la suite être en rogne contre « l’état de son mari » et pas du tout contre nous… Nous passons une nuit quelque peu agitée puisqu’un cerf vient brâmer près de notre tente (à 20m à peine !).

Arrivée au col du Portet-d’Aspet, quelle vue !

L’étape suivante nous mène de Cierp-Gaud aux bains de Loudenvielle, en passant par Bagnères-de-Luchon et le fameux col de Peyresourde. Le temps est superbe et l’ascension du col magnifique: la route peu fréquentée nous permet de profiter à fond de la vue sur les environs et d’avaler les 1000m de dénivelé positif jusqu’au col, où nous avalons chacun six crêpes au sucre bien méritées. Nous finissons cette belle journée par un moment de détente aux bains thermaux de Loudenvielle. Au moment de noter cette journée, les Riders sont unanimes: c’est un 10/10. 

Montée du col de Peyresourde, par les retardataires habituels

Nous sommes à présent dans le département des Hautes-Pyrénées, où le climat est encore plus rude qu’en Ariège ou dans la Haute-Garonne. C’est donc le retour de la pluie glaciale et des rafales de vent qui manquent de peu de nous désarçonner. Sur la route nous menant à Bagnères-de-Bigorre, Antoine se rend compte, pour la première fois, que sa veste Gore-tex n’est en fait pas imperméable: le bougre prend l’eau par sa fermeture éclair !  Après inspection générale des Gore-tex, Maxime constate le même problème; Léo et Maëlick sont pour leur part épargnés. Quelle est la raison de ce traitement différencié ? Tout simplement le manque de flair d’Antoine et Maxime qui, aveuglés par la couleur flashy de leur veste Arc’teryx, ont préféré investir dans du milieu de gamme alors que Léo et Maëlick ont joué la carte de la sobriété et de la sécurité et ont donc sélectionné une veste Patagonia. Les râlements et les jérémiades des deux grands dadais ne changent rien à l’affaire: des ajustements seront nécessaires pour leur garantir de ne pas prendre l’eau à la première averse.

Maxime et Antoine changent leur fusil d’épaule et se fabriquent eux-mêmes une GoreTex haut de gamme

L’avant-dernière étape de cette traversée est-ouest des Pyrénées françaises est pour le moins copieuse: il s’agit de rejoindre Laruns depuis Bagnères-de-Bigorre, en passant par les mythiques cols de Soulor et d’Aubisque. Cela fait tout de même 80km et 1700m de dénivelé positif –  de loin la journée la plus corsée depuis le début du voyage. Comme la météo est (pour la plus grande partie de la journée) avec nous, nous roulons à bon rythme; nos cuisses chauffent mais nous avalons les kilomètres sans rechigner. La vue depuis le col de Soulor et la route taillée dans la falaise qui mène au col d’Aubisque sont sans conteste parmi les paysages les plus impressionnants que nous avons vus jusqu’à présent. La descente jusqu’à Laruns permet à Antoine d’attaquer les virages, et à Léo de mettre ses freins à rude épreuve.

Antoine en regardant la descente du col du Soulor : « La prochaine fois, je tape les 100 km/h ! »

Finalement, nous attaquons le dernier tronçon: le col du Pourtalet. Bien que peu pentu (5% de moyenne), ce col fait mal aux jambes car il est exceptionnellement long: les 1300m de dénivelé positif s’étalent sur 28km ! De plus, ce jour-là, les Riders décident dans un éclair de bêtise de faire une croix sur le traditionnel sandwich du midi. Mal leur en a pris puisque Léo et Antoine se sentent vite assaillis par la faim. L’accumulation des kilomètres des jours précédents n’aide pas et, au milieu du col, nous dérangeons un restaurateur peu aimable et le prions de bien vouloir nous faire des sandwichs à 15h. Cet en-cas salvateur permet aux plus faibles de rallier l’arrivée sans encombres et d’enfin traverser la frontière espagnole.

À nous l’Espagne et ses beaux ciels bleus !

12 commentaires sur « Les Pyrénées françaises en mode déjanté »

  1. Merci pour les nouvelles, on voyage sans effort avec vous; je devrais pas, mais j’ai quand même bien rigolé pour la veste-sac… Bon courage, et on vous souhaite plein de beau temps. Et encore beaucoup d’accueils chaleureux.

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    1. Hello Anne-Claire,
      Nous aussi on a bien rigolé avec ces sacs poubelle, un peu moins quand on était détrempés… Ici en Espagne, pas (trop) de pluie jusqu’à présent 😉
      À bientôt,
      Antoine et les Riders

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  2. Cordiales salutations depuis Toulouse où à quelques jours près, nous aurions pu nous rencontrer. Les Pyrénées, c’est pour demain mais en camping-car. Belle suite de voyage avec, je vous le souhaite, d’autres joyeuses rencontres.
    Bises à Antoine.

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    1. Coucou Danièle,
      Dommage pour cette rencontre manquée, ce sera peut-être pour le Chili, qui sait ! On espère que les Pyrénées t’ont plu et que vous n’avez pas pris trop de pluie 😉
      Bises,
      Antoine et les Riders

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  3. Salut les braves, quel plaisir de vous lire! On peut dire, que vous ne ménagez pas vos petits muscles!
    Toujours sympa, l aventure et quelle verve!
    J ai bien rigolé !
    Ici, en Suisse, c est chanterelles d autome et beau temps. Les Pyrénées, question météo, ça vaut pas un clou! Mais il y a pas à dire, les sacs poubelles, c est top 🙂
    Un gros bec à toute l équipe, bonne continuation et plein d amitiés.
    Olivier

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    1. Salut l’ami Olivier,
      Nos muscles sont raidis par les efforts répétés, en effet ! Heureusement, la bonne humeur nous permet d’oublier les courbatures et en plus les prochains jours s’annoncent plutôt plats en termes de dénivelé 😉
      Quelle chance pour ces chanterelles, pour nous c’est couscous et sauce(s) tomate. On se réjouit d’essayer les plats sud-américains des bords de route !
      Des bisous à toi et à Catherine,
      Les 4 Riders

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  4. Ça me rappele ma traversée des Pyrénées HRP à pieds. Rendez-vous à Ushuaia et tout au long de votre périple que j’ai eu l’occasion de connaître au cours de plusieurs voyages. En vous suivant, je vais voyager à nouveau !
    Bon courage à vous.

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  5. Merci pour vos récits! C’est génial, on est sur votre porte-bagage (enfin pas trop quand même, histoire de ménager vos jantes arrières :-D) Soulor, Aubisque et Pourtalet c’est du costaud!! Bravo!!! On a bien ri par ici avec les vestes Arc’teryx et l’impasse sur le sandwich de midi se lançant dans le col de…28km (non sans nous rappeler certaines belles fringales vécues sur la route 😉

    Belle route à vous 4 !!
    Julie & Edgar

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    1. Hola Julie et Edgar ! On est content de voir que nous ne sommes pas les seuls à se faire avoir par des fringales 😉 comme quoi, on doit tous passer par là une fois ou l’autre ! Désormais, on ne saute plus un repas, et tant pis si nos jantes cassent 😛 on fait des provisions en vue de l’Altiplano, on s’attend à perdre quelques kilos une fois avoir traversé l’Atlantique. Merci pour le commentaire, ça fait toujours plaisir 🙂 Bon weekend, les 4 Riders

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  6. salut les copains suisse,
    on est super heureux pour vous que vous soyez bien arrivé en Amérique du sud, votre aventure va s’épicer mas grande.
    et on vous suisse de près depuis votre passage dans notre vallée et vous nous faites toujours autant rêver, los companeros .
    muchas gracias tanbien pour tous les ptis clin d’oeil que vous nous faites, on pense à vous à chaque nouvelle recette de confitures, et y’en a eu !! on vous en met de coté pour votre retour.
    prenez bien soin de vous , de vos guibolles et de vos montures,
    et force à la team .
    besos de todos de l’équipe sauratoise.

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    1. Hola Nico et l’équipe sauratoise !
      En effet, notre aventure s’est bien épicée, dans tous les sens du terme… en particulier, Antoine et Maëlick pourront témoigner de la puissance des piments péruviens, et nos vélos et nos corps ont aussi gouté aux joies des pistes caillouteuses. Malheureusement, les confitures ne font plus partie de notre quotidien, alors on se réjouit déjà de venir déguster tes nouvelles créations, on Saurat y faire honneur! Saludos de la Cordillera Blanca, Les Riders of the Milkyway

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  7. increible no necesitas ir a mongolia para dormir en una « jurte ». Uff mucha subida con mucho peso…El vuelo a lima es cerca… Uii no comer almuerzo no buena idea…

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