De Cafayate à La Quiaca, où quand les fureurs d’Éole se mêlent au sable de la Route 40

Forts de plusieurs semaines de Dolce Vita depuis notre arrivée en Argentine, nous nous estimons mûrs pour affronter le ripio argentin afin d’entamer notre remontée vers la Bolivie. En quittant Cafayate, ses vins, ses asados et autres douceurs, nous sommes préparés à passer des journées plus éprouvantes que lors de nos dernières semaines où tout était facile. Nous nous élançons alors sur la fameuse Ruta 40 plus déterminés que jamais. Cette route, reliant Ushuaïa à La Quiaca (ville située à la frontière bolivienne), est un terrain de jeu prisé des motards et cyclistes désireux d’y découvrir les multiples facettes des paysages argentins au fil des kilomètres. Si la grande majorité de l’itinéraire est asphaltée, la partie reliant Cafayate à La Quiaca ne bénéficie pas de ce luxe. Ça tombe bien, c’est exactement ce tronçon que les téméraires Riders ont décidé d’emprunter ! Mais après avoir parcouru les caminos madrilènes, la trocha péruvienne et le ripio de la Carretera Austral, cela ne nous effraie pas. Nos multiples expériences sur les pistes accidentées nous permettent d’aborder notre objectif avec une certaine confiance.

À notre grande surprise, les 25 premiers kilomètres au départ de Cafayate sont encore goudronnés et nous trouvons facilement de quoi nous sustenter à midi, en avalant un délicieux poulet grillé. Pas si dur que ça, cette Route 40… Mais à peine le temps de digérer notre copieux almuerzo que le panneau de signalisation « Fin pavimiento » se fait voir. C’est parti pour les choses sérieuses ! Le confort de l’asphalte se fait très vite oublier et quelques coups de pédale nous suffisent pour réaliser que nous avons sous-estimé le défi qui nous attend: ce ripio-là n’a rien à voir avec celui que nous connaissons déjà ! En effet, ce n’est pas un chemin en terre dure avec quelques passages de tôle ondulée, mais un réel bac à sable… Sur ce type de surface, il nous est très difficile d’avancer et nous dépensons énormément d’énergie à rester sur nos vélos. Nous mettons pied à terre toutes les cinq minutes et poussons nos lourdes montures à la force de nos bras. Dans de telles conditions, les kilomètres défilent lentement et difficilement et pour ne rien arranger à notre calvaire, nous devons faire face à quelques soucis mécaniques :

Quelle m… ! S’exclame Antoine en descendant de son vélo.

Que se passse-t-il ? Répond Maxime.

J’ai crevé ! Rétorque Antoine quelque peu usé.

Le retour du ripio coïncide malheureusement avec le retour des crevaisons…

À peine avons-nous quitté l’asphalte que nos vieux démons nous rattrapent ! En sortant notre pompe et une chambre à air de remplacement, nous ne pouvons pas nous empêcher de remettre en question notre décision d’affronter la dureté du ripio au détriment du confort de ces dernières semaines… Allez, allez, c’est le début le plus difficile, se dit-on en essayant de garder le moral malgré cette entame compliquée. Ayant réparé notre pneu, nous pouvons en finir avec notre étape du jour et c’est dans un petit hameau d’une cinquantaine d’habitants que nous montons notre tente aux abords de la place du village. Avant d’affronter la fraîcheur de la nuit, nous pouvons bénéficier d’une douche chaude proposée spontanément par l’un des habitants du pueblo, ce qui aura le mérite de nous réconforter après nos péripéties de la journée. Ce soir-là, nous avons les jambes bien lourdes et trouvons rapidement le sommeil, que nous espérons être réparateur afin d’affronter notre deuxième jour sur la 40, avec au programme la traversée de la Quebrada de las Flechas. C’est donc au milieu de ces roches sculptées par le vent que nous parcourons nos premiers kilomètres en profitant également d’un revêtement plutôt correct. Tous les voyants sont au vert et à un point de vue nous sympathisons même avec un groupe de quatre sexagénaires nous proposant une bière fraîche à notre arrivée à Los Molinos, où nous avons prévu d’y faire étape pour la nuit. Alors qu’elles repartent en voiture pour rejoindre leur destination en un rien de temps, nous enfourchons également nos vélos avec un sympathique apéro comme source de motivation. Hélas, plus nous avançons et plus l’état de la route se détériore devenant sablonneux comme la veille. Notre rythme s’en voit drastiquement ralenti et notre plaisir de rouler s’estompe également. En effet, dans de telles conditions, nous ne profitons pas de ce qui nous entoure car notre regard est constamment rivé sur la route à la recherche de la meilleure trace à suivre. Nous nous résolvons alors à terminer notre étape en stop plutôt que de s’entêter à patiner dans la semoule, mais après avoir levé le pouce pendant près d’une heure sans qu’aucun véhicule ne passe, nous nous résignons à poursuivre à la force de nos mollets. Heureusement, l’état de la route s’améliore en fin d’étape et nous arrivons pile à l’heure pour profiter de notre récompense avec nos nouvelles amies, avec qui l’on passera une très agréable soirée. Ces moments d’échange, toujours sympathiques et fréquents en Argentine, permettent d’effacer les galères de la journée et nous gonflent le moral afin de repartir le lendemain dans les meilleures dispositions. 

Par chance, l’étape suivante sera bien plus roulante et nous rejoignons rapidement la petite ville de Cachi. De là débute un périple de plusieurs étapes nous menant au tant redouté Abra Acay, col à plus de 4900 mètres. Chaque jour, nous gagnons en altitude en parcourant tous types de terrains, de l’agréable asphalte au détesté ripio sablonneux. En prenant de la hauteur, le climat se durcit et la civilisation disparaît peu à peu jusqu’à ce que nous nous retrouvions seuls face aux interminables lacets de la Ruta 40. Seuls ? Pas tout-à-fait, car comme souvent en Amérique du Sud, même dans les endroits les plus reculés se trouve une petite maisonnette habitée par quelques locaux et leurs animaux. Nous profitons alors d’un de ces refuges, situé à environ 4000 mètres, pour y mettre notre tente au milieu des lamas, chiens, canards et autres animaux en tous genres. Si la propriétaire est plutôt distante, son lama domestique semble apprécier notre présence, en particulier celle de Maxime. En effet, notre nouvel ami pot-de-colle ne s’éloigne pas d’un mètre et s’aventure même à manger nos vélos, sacoches, drapeau suisse et toile de tente ! Décidément, nous avons une relation bien particulière avec ces bêtes… Après une fraîche douche dans le ruisseau avoisinant (qui ne manquera pas de nous rappeler nos expériences patagoniennes), nous sommes bien contents de pouvoir se réfugier dans notre tente, à l’abri du froid (et du lama) afin de s’y reposer en vue de l’étape du lendemain, où nous prévoyons de franchir le col et par la même occasion de battre notre record d’altitude à vélo.

La nuit sera glaciale mais bien étoilée et alors que nous sommes bien emmitouflés dans nos sacs de couchage, nous laissons notre brave appareil photo immortaliser le défilé de la Voie Lactée au-dessus des hauts sommets andins au fil de la nuit.

Au réveil, c’est dans un paysage sibérien que nous émergeons de notre tente: tout est gelé, des bouteilles d’eau aux sacoches en passant par notre toile de tente et même l’objectif de notre appareil photo ! Nous attendons alors avec impatience les premiers rayons de soleil afin de reprendre la route, qui ne tardera pas à nous réchauffer. En effet, sa forte pente et son revêtement sablonneux ne manquent pas de nous mettre à rude épreuve, le tout en ayant le souffle plus court qu’à l’accoutumée en raison de l’altitude. Nous gravissons lentement mais sûrement les interminables courbes du col et au moment où son sommet se dévoile enfin, nous décidons de prendre une petite pause gourmande afin de reprendre des forces en vue du sprint final. Biscuits Ovomaltine et Biberlis sortent de nos sacoches magiques et nous permettent de faire le plein d’énergie pour les ultimes lacets de l’Abra Acay. Finalement, c’est avec fierté que nous atteignons le sommet du col dans un décor à couper le souffle, avec l’impression de dominer toute la région.

Nous profitons quelques instants de la vue malgré le froid témoignant de l’altitude de l’endroit avant d’entamer la redescente sur San Antonio de Los Cobres. Selon les dires d’autres cyclistes croisés auparavant, cela devrait être une vraie partie de plaisir car « la route est en bien meilleur état de l’autre côté du col, il n’y a plus de sable ». Nous avalons alors les premiers kilomètres pleins d’entrain et perdons rapidement de l’altitude. Effectivement, la route est plutôt agréable et nous nous attendons donc à rejoindre rapidement San Antonio pour un repos bien mérité. Hélas, notre plaisir n’aura été que de courte durée, car au même moment que les pentes s’adoucissent, le revêtement de la piste commence à prendre des allures de terrain de beach-volley. Plus nous avançons, plus le sable devient profond impactant significativement notre vitesse d’avance jusqu’au point où nous nous retrouvons à nouveau à pousser nos vélos ! Nous maudissons alors les informations erronées des autres cyclistes et alors que la fatigue se fait sentir, nous apercevons enfin au loin la route asphaltée que nous devons rejoindre pour les quinze derniers kilomètres. Une fois élancés sur ce tronçon, nous pensons enfin bénéficier d’un peu de répit nous permettant de terminer l’étape tout en tranquillité. Mais alors que Maxime roule en tête, Antoine s’interroge sur la raison de son rythme si lent… Que se passe-t-il ? Une crevaison, un soucis mécanique, plus de jus dans le moteur ? Antoine s’avance alors à sa hauteur afin de venir aux nouvelles et là, en sortant de son aspiration, il se retrouve à son tour stoppé net dans son effort.

Oh non, pas ça ! S’exclame-t-il dépité.

Il y a des jours où les éléments se liguent afin de nous mener la vie dure, et aujourd’hui en est un: après plus de 1000 mètres de dénivelé en altitude, une descente dans un bac à sable, place au vent de face ! Nous nous relayons alors en tête de peloton afin de lutter face aux caprices d’Éole et rejoignons finalement San Antonio de Los Cobres lessivés comme rarement lors de ce voyage. C’est dans une caserne militaire que nous poserons nos sacoches pour y passer la nuit, où nous avons le luxe de bénéficier d’un dortoir entier et de douches bien chaudes rien que pour nous. Nous nous octroyons un jour supplémentaire de repos afin de bien recharger nos batteries et de nous ravitailler en vue des étapes à venir qui s’annoncent tout aussi désertiques et éprouvantes. 

C’est donc les jambes reposées que nous poursuivons notre route vers la Bolivie avec les bancs de sable devenus désormais quotidiens pour nous faire transpirer. Même si physiquement ces passages sont tout sauf faciles, c’est surtout mentalement que ces tronçons sont éprouvants, en particulier pour Maxime qui voit son moral baisser au fil que nous montons sur une route sablonneuse. Même si les paysages proposés sont impressionnants – nous longeons le tracé d’une ancienne voie de chemin de fer minier désormais transformée en ligne touristique – il est difficile de profiter pleinement du panorama en raison du revêtement capricieux. Pour ne rien arranger à notre avancée très poussive, un compagnon de route de longue date se joint à nous: le vent de face ! Nous attaquons alors l’après-midi dans des conditions qui nous font (presque) envier nos proches bien au chaud dans leur canapé ou chaise de bureau… On vous dresse le tableau : montée dans du sable à pousser nos montures de plus de 45 kg le tout avec un puissant vent de face. Même les motards que nous croisons peinent à garder le contrôle de leur bécane face à de telles profondeurs de sable et nous assistons impuissants à leurs chutes. Heureusement, l’étape se solde par une descente sur le hameau de Puesto Sey (où il faudra malgré tout pédaler malgré la pente, la faute au puissant vent de face) et nous sommes ravis de trouver une chambre d’hôtel pour la nuit ayant même le luxe de posséder un petit chauffage.

Depuis quelques jours, les conditions sont vraiment rudes pour les deux Riders et désormais, ils ne peuvent même plus compter sur de réconfortantes rencontres en fin d’étape pour se changer les idées. En effet, la région n’est pas vraiment touristique et les quelques locaux établis dans cette zone désertique sont plutôt distants et ne parlent qu’un dialecte impossible à décrypter, rendant tout échange impossible. Dans de telles circonstances, on se sent vite isolés et un peu coupés du monde. Les nuits de repos – bien que longues en raison du froid et de l’obscurité qui s’installent dès 18h – ne suffisent bientôt plus à faire le plein d’énergie physique et mentale. Au moment de la pause de midi de la journée suivante, à nouveau marquée par du fort vent et un revêtement bosselé et sablonneux, c’en est trop pour Maxime:

Selon la carte, il ne nous reste que 23 kilomètres à parcourir cet après-midi afin de rejoindre notre destination. Informe Antoine à un Maxime déjà bien usé. Ça devrait…

Moi je ne pose plus mes fesses sur ma selle pour aujourd’hui. Coupe d’un ton dépité Maxime. J’en peux plus de ce vent de face, je ne touche plus à mon vélo, je vais passer la nuit ici !

Si la perspective de parcourir les 23 kilomètres restants n’a en effet rien d’alléchant au vu des conditions, l’idée de rester dans ce hameau désert et peu accueillant n’a rien d’excitant non plus. C’est donc ainsi que les Riders décident de tenter de rejoindre leur destination en stop.

Postés au bord le la route, nous attendons patiemment un véhicule pouvant nous emmener jusqu’au prochain village…

Mais comme souvent, nous nous trouvons sur une route reculée où ne circulent que très peu de véhicules et après plus de deux heures d’attente à ne voir passer qu’un pick-up pas enclin à nous aider, Maxime s’exclame :

Bon, j’en ai marre, remettons-nous en selle et finissons-en avec cette étape !

Nous revoilà donc à la merci du sable et du vent et pour ne rien arranger à l’humeur de Maxime, son pneu avant se voit faire l’objet d’une crevaison. Un coup de pompe plus tard et revoilà son pneu gonflé à bloc, à défaut de son moral… Finalement, nous terminons notre étape à Susques avec un plan bien défini pour la suite: nous décidons de quitter l’éprouvante Ruta 40 et choisissons alors de continuer notre chemin vers la Bolivie en empruntant la Ruta 9. Cette route, que nous avons déjà partiellement empruntée il y a quelques semaines, s’avère être bien plus agréable de par son revêtement asphalté et sa plus faible exposition au vent. Cependant, presque 200 kilomètres séparent Susques de la route 9 et de plus, nous avons déjà effectué ce tronçon il y a peu, lors de nos premiers jours en Argentine. Afin de s’éviter de parcourir cet itinéraire une seconde fois, nous nous essayons alors au stop et trouvons rapidement un camion pouvant nous emmener dans la bonne direction. Plus précisément, celui-ci se rend à San Salvador de Jujuy… Tiens, tiens, n’avons-nous pas un bon ami dans cette ville ? Bien sûr que oui, c’est là-bas que vit Luis, le sympathique hôte Couchsurfing que nous avons quitté avec regrets lors de notre visite chez lui. La perspective de retrouver la chaleureuse ambiance de sa maison et de côtoyer d’autres voyageurs en laissant de côté son vélo le temps de quelques jours a le mérite de redonner un coup de pouce au moral de Maxime. En un rien de temps, nous quittons les galères de la Ruta 40 et nous nous retrouvons à partager une soirée avec cinq autres Couchsurfers présents ce soir-là chez Luis. Très vite, les péripéties de la journée sont oubliées et c’est le moral gonflé à bloc que nous retrouvons un bon lit douillet pour une nuit réparatrice.

Le lendemain, nous nous réveillons sous un ciel menaçant et décidons alors de passer notre journée à s’adonner à notre nouvelle passion, la cuisine ! Riding the Milkyway devient alors Cooking the Milkyway et le menu proposé a de quoi faire saliver tous les Couchsurfers de la maison : Tresses au beurre, curry de légumes, carac et Torta de nueces rempliront l’estomac de tout ce joli petit monde. Sous la supervision de chef Maxime et chef Antoine, chacun met la main à la pâte et après plusieurs heures derrière les fourneaux nous pouvons enfin savourer nos créations dans une humeur festive et détendue.

La pluie ayant décidé de s’installer pour plusieurs jours, nous n’envisageons pas de reprendre la route de sitôt. Hélas, notre régime ne nous permet pas d’enchaîner de tels gueuletons tous les jours; nous fuyons alors la cuisine de Luis et nous mettons en direction des Thermes de Reyes pour une après-midi détente. Accompagnés par notre nouvelle amie allemande Nikita, qui profite également de l’hospitalité de Luis, nous nous prélassons dans un bassin d’eau chaude en partageant nos anecdotes de voyages, mais surtout nos coups de coeur culinaires propres à chaque pays. Eh oui, nous avons trouvé là une sacrée concurrente en termes de gourmandise ! 

Après ce nouveau jour de détente nous sommes prêts à reprendre la route, mais la météo n’ayant toujours pas décidé de s’améliorer, c’est une fois de plus en stop que nous décidons de remonter jusqu’à Tilcara. Surtout, nous nous trouvons sur la partie de la Ruta 9 que nous avons déjà emprunté non pas une, mais deux fois ! Comme nous ne sommes que très rarement chanceux lors de la pratique de l’autostop, nous décidons de nous joindre à Nikita, une vraie spécialiste de la discipline. C’est donc tous les trois que nous nous postons au bord de la chaussée dans l’attente d’un véhicule suffisamment grand pour embarquer deux cyclistes et une backpackeuse munis de tout leur attirail. Habitués à prendre leur mal en patience, les Riders se montrent plutôt pessimistes :

Avant midi, il n’y a aucune chance que l’on soit pris. S’exclame Antoine.

À mon avis, on est encore là pour le repas du soir ! Surenchérit Maxime.

Puis les regards se tournent vers notre nouvelle partenaire de voyage, imperturbable au bord de la route, le pouce levé. La magie va-t-elle opérer ? Eh oui, à peine un quart d’heure plus tard, un pick-up de livraison de bière artisanale s’arrête et nous embarque jusqu’à Tilcara !

Là-bas, nous passons l’après-midi à explorer à pied les environs où les cactus géants parsèment les montagnes colorées surplombant le village. Le soir, nous dégustons une bière artisanale généreusement offerte par notre taxi du jour, que nous buvons en l’honneur des un an de diplôme de Maxime ! Le lendemain, place aux adieux: Nikita poursuit sa route en stop vers la Bolivie alors que nous suivrons ses traces à vélo.

Ce sont nos premiers coups de pédale après le calvaire de la Ruta 40 et nous retrouvons directement un grand plaisir à rouler. Nous ressentons nos roues « glisser » sur l’asphalte, il n’y a pas de vent et la température est idéale. Dans de telles conditions, nous avançons vite et la frontière bolivienne approche à grands pas. Nos derniers jours en Argentine seront marqués par une rencontre atypique avec un Bernois, gérant de son hôtel « Rincon Suizo » où nous décidons de loger par patriotisme, puis la visite d’une feria où se vendent toutes sortes de choses, des habits aux spécialités culinaires locales en passant par des peaux de lamas encore bien fraîches…

Finalement, nous arrivons à La Quiaca, à deux pas de la Bolivie, où nous avons la ferme intention de manger un ultime asado argentin afin de clore en beauté notre séjour au pays de la viande. Attirés par l’odeur de fumée émanant d’un barbecue de l’autre côté de la route, nous nous dirigeons vers ce qui nous semble être l’endroit idéal pour s’offrir un festin. 

Holà, s’exclame Maxime, nous aimerions manger un asado, est-ce possible ?

Non, répond le propriétaire de l’établissement, aujourd’hui je cuisine pour ma famille seulement, et mon restaurant est fermé depuis la pandémie.

Non satisfaits de cette réponse, les Riders commencent à prendre le bonhomme en pitié en lui expliquant qu’ils veulent à tout prix profiter une dernière fois des talents de parillero des argentins. D’un élan de gentillesse, leur interlocuteur du nom d’Horacio propose alors de se rencontrer le lendemain afin de préparer ensemble un asado en guise de repas de midi. Le rendez-vous est pris, et nous pouvons alors nous mettre à la recherche d’un logement pour la nuit. Si d’habitude les villages argentins regorgent de logements abordables, ce n’est pas le cas de La Quiaca, où tous les hôtels sont hors de prix. Nous essayons alors de trouver un abri chez les policiers, les pompiers et même à l’église mais en vain. Après avoir tourné en rond tout l’après-midi dans la ville, nous nous résignons à loger dans l’hôtel le moins cher du coin et entamons sans perdre de temps les procédures nécessaires afin d’entrer en territoire bolivien. Au programme, test PCR et pléthore de documents à remplir et imprimer. Nous déambulons alors dans les ruelles de la ville à la recherche d’une clinique et c’est ainsi que nous tombons sur Karen, une bolivienne rentrant au pays après des vacances en Argentine. Nous sympathisons rapidement avec elle et nous conseille un établissement offrant des tests PCR bon marché. À notre grande surprise, elle nous informe que le médecin peut nous recevoir à l’instant, alors même que nous sommes un dimanche soir. Nous nous dirigeons donc vers son cabinet et frappons à sa porte. À partir de ce moment-là, tout devient plus clair: l’homme, en pull-over et jeans, les yeux encore collés de sa sieste, la bouche remplie de feuilles de coca, nous invite tour à tour à nous assoir sur une chaise. Il se munit d’un coton-tige, nous caresse rapidement le haut de la moustache puis nous informe que les « résultats » viendront dans environ deux heures. Une chose est sûre, cette fois, notre « test PCR » ne nous réservera aucune mauvaise surprise… 

Le lendemain, nous sommes en possession de tous les documents nécessaires au passage de frontière et nous pouvons donc rejoindre Horacio l’esprit léger afin de déguster une dernière fois un bon morceau de viande grillé. Notre hôte prend un grand plaisir à nous présenter tous les secrets d’un asado réussi, de la préparation du feu au choix de la viande, en passant par l’assaisonnement et la cuisson. Nous buvons ses paroles en essayant de ne pas perdre une miette de ces précieuses informations, puis nous passons à table afin de manger ce qui sera assurément notre meilleur morceau de viande de tout notre séjour en Argentine. Nous passons un moment très agréable, Horacio et sa femme nous régalent de leur générosité et après un ultime verre de whisky, nous nous apprêtons à clore notre chapitre argentin. Nous nous disons que nous ne pouvions pas terminer notre expérience dans ce pays d’une meilleure manière.

Au moment de passer la frontière, un premier bilan de notre expérience en Argentine parcourt nos esprits. Tout au long de notre séjour ici, nous avons été touchés par la gentillesse d’un peuple sympathique, généreux, curieux et serviable qui aura fortement participé à nous faire adorer ce pays. Mais tout n’a pas toujours été facile non plus, nous gardons dans un coin de notre tête l’expérience éprouvante sur la Route 40 et avons appris beaucoup sur nous-mêmes et notre tolérance face aux diverses difficultés. Nous connaissons maintenant mieux nos limites et mesurons également pleinement l’importance de s’offrir quelques moments de confort, de repos et d’interactions sociales, d’autant plus après plusieurs mois de vie nomade.  C’est armés de ces nouveaux enseignements que nous nous apprêtons à découvrir la Bolivie, où nous espérons y vivre de nouvelles expériences à la hauteur de ce qu’a pu nous proposer l’Argentine.

2 commentaires sur « De Cafayate à La Quiaca, où quand les fureurs d’Éole se mêlent au sable de la Route 40 »

  1. Mis primos!! Ahoa nos hemos encontrado en la casa de Luis. Muy fuerte mis primos haciendo rutas tan dificil como eso… Estoy muy feliy que nos hemos encontrado y me recuerdo muy bien a la comoda en esta noche. Solo un placer y solo suizos saben hacer!! Un fuerte abrazo ahora desde londres…

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  2. Hello les Amis à l’âme patriotique,
    Quel intéressant récit de votre parcours argentin qui souvent donne terriblement envie de s’installer sur l’un de vos porte-bagages pour vivre en live et sans effort vos aventures. Je sais, l’effort apporte du sel à la vie! Les paysages sont magnifiques. La photo positionnée en 6ème place après « … sous la tente à l’abri du froid et du lama » me fait rêver. Quelle profusion d’expériences, de ressentis, de partages, enrichissent à tout jamais votre vie.
    Sur la table de ma cuisine, une carte ….. Merci.
    Excellente suite de voyage avec peut-être un peu moins de viande mais, je l’espère, autant de belle rencontres.
    Amicales pensées
    Danièle

    PS: Grandiose votre carac.

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