Du Lac Titicaca à Cusco: entre pentes raides et pneus plats

Une douzaine d’heures de bus séparent la petite ville d’Uyuni de la capitale administrative du pays, La Paz. Le trajet se faisant de nuit, nous ne pouvons pas profiter des paysages qui se trouvent entre les deux villes, mais les incessants virages, montées, descentes, dos d’ânes et nids-de-poule en disent déjà bien assez sur la nature des régions traversées ! Nous rejoignons le terminal de bus de La Paz à environ 5h du matin, et même si la ville est encore quelque peu endormie, le contraste avec le calme du Salar d’Uyuni est flagrant. Finis les bucoliques hôtels de sel et les vastes plaines inhabitées, place aux grands immeubles bétonnés collés les uns aux autres et un brouhaha incessant. Si les quartiers environnants les terminaux de bus ne sont, en règle générale dans les métropoles sud-américaines, jamais les lieux les plus sympathiques pour s’y établir, nous décidons cette fois-ci exceptionnellement de déroger à cette règle. En effet, la densité du trafic et le chaos global, malgré cette heure matinale, ne nous donnent guère envie de s’aventurer à vélo dans le rues de la ville. De plus, les nombreux virages (ou les côtelettes de lama de la veille) ont eu raison de l’estomac d’Antoine, et nous nous dirigeons alors vers l’hôtel le plus proche afin qu’il s’offre un répit nécessaire.

Nous profitons de ces instants de repos afin d’établir un programme pour ces prochains jours. Depuis le début du voyage, nous ne nous sommes jamais adonnés à la visite d’agglomérations, préférant barouder dans les plaines et les montagnes isolées, où nous pouvons pleinement profiter des paysages sauvages. Cette fois-ci, c’est tout différent : La Paz a réellement un aspect intrigant et ne rentre pas dans le rang des autres métropoles que nous avons brièvement traversé. Nous nous octroyons alors environ une semaine à visiter la ville, ses multiples marchés et ses environs avant de reprendre la route en direction du Lac Titicaca. Nous laissons alors nos vélos au repos le temps de cette semaine et partons à l’assaut des différents quartiers de la ville, qui a la particularité de posséder un vaste réseau de télécabines reliant les différentes zones de l’agglomération. En effet, les dénivelés étant importants (plus de 1000 mètres de différence entre le centre, en bas, et la banlieue, en haut) et les routes étant saturées par le trafic, ce moyen original de transport publique permet aux habitants de se déplacer rapidement au sein de la ville. De plus, le coup d’œil depuis la cabine sur la ville et ses environs en a fait une attraction touristique particulièrement appréciée.

Mais afin de garder la forme, nous planifions également une journée de vélo à parcourir la fameuse « Route de la Mort », itinéraire VTT partant de l’altiplano, à plus de 4500 mètres et descendant jusqu’à près de 2000 mètres d’altitude, où la végétation verdoyante donne des airs de jungle. Pour cette journée, nous nous offrons le luxe de troquer nos vélos rigides contre des VTT tout suspendus et dévalons avec plaisir et confort la périlleuse route à flanc de falaise, dans un cadre naturel exceptionnel permettant de faire un break avec le chaos de la ville.

De retour à la civilisation, nous rassemblons nos affaires et nous préparons à quitter la ville, qui nous aura offert son lot d’aventures et de surprises. Nous empruntons une dernière fois le réseau de télécabines, cette fois-ci avec nos vélos, afin de s’extraire du centre-ville situé dans une cuvette, et de rejoindre El Alto, sur l’altiplano en périphérie de La Paz. De là, nous nous mettons en selle et rapidement la civilisation et le trafic disparaissent laissant place à de vastes cultures de céréales. Si le faux plat montant et le vent de face rendent notre avancée pénible, que dire alors des routes occupées par des cortèges festifs défilant en habits traditionnels, et des barrages routiers mis en place clandestinement par des communautés locales en colère, à peine quelques kilomètres plus loin ? Ce lot de découvertes surprenantes a le mérite de rythmer notre journée, et c’est ainsi que nous rejoignons le petit village d’Achacachi, aux abords du Lac Titicaca. Là-bas, nous sommes accueillis par Milton, notre hôte Couchsurfing qui, à notre grande surprise, est également le propriétaire de la piscine municipale ! Quel plaisir de pouvoir se relaxer dans les saunas et se détendre dans le grand bassin après une journée de vélo.

Nous établissons alors notre camp de base chez Milton et profitons de ce logement gratuit afin de visiter les rives bolivienne du lac. En échange, nous nous chargeons de la cuisine : crêpes, pizzas, truites farcies, glace fruit de la passion-ananas et autres jus de fruits frais sont au menu. Bien évidemment, lorsque l’on parle de gourmandises, de moments de détente et d’aventures, nous sommes vite rejoints par une vieille connaissance, en la personne de Nikita ! Nous nous étions rencontrés lors de notre séjour à Jujuy, et maintenant nos chemins se croisent de nouveau aux abords du lac Titicaca. Habituée à voyager avec son sac de randonnée, elle obtient auprès de Milton un vélo afin qu’elle puisse nous accompagner lors de nos visites de la région. Après plusieurs jours passés ensemble à se gaver de bons plats et de beau paysages, il est temps pour nous de mettre cap sur le Pérou. Nous quittons Milton, la piscine, ses soirées karaoké et Nikita afin d’attaquer la dernière ligne droite de notre périple : le Pérou, acte II.

Après deux jours de vélo passés à longer et surplomber le lac, nous regagnons Yunguyo, première ville péruvienne sur notre route. Le passage de frontière se fait en un temps record et environ six mois après notre première visite, nous revoilà au Pérou !

On s’y sent presque à la maison, remarquent les Riders qui retrouvent pour une fois un environnement familier après un passage de frontière.

Même si l’entrée au Pérou s’est effectuée sans accrocs, les Riders savent très bien que la suite du programme ne s’apparente en rien à une promenade de santé. Tout d’abord, comme par magie, les premiers tours de pédale sur sol péruvien coïncident également avec le retour du combat avec les chiens ! La différence de comportement de ces animaux entre la Bolivie et le Pérou demeure pour nous un mystère, toujours est-il qu’à peine sortis de Bolivie, nous sommes de nouveau victimes des chasses à l’homme menées par des hordes de canins déchaînés. Deuxièmement, les longues lignes droites qui bordent le côté péruvien du lac nous laissent sans défense face au désormais constant vent du nord qui se lève quotidiennement dès onze heures du matin. Mais hormis les chiens et le vent, notre avancée est plutôt facile. Nous longeons le bord du Lac Titicaca sur des routes asphaltées et relativement plates, où nous rencontrons fréquemment des villages le long de notre route afin de se sustenter et se loger.

Ce rythme, bien qu’agréable, prend fin lorsque nous rejoignons la petite ville d’Ilave. De là, nous quittons les rives du lac en empruntant l’itinéraire baptisé « Camino del Puma », qui doit nous mener à Arequipa, le tout en suivant une piste passant par plusieurs cols à plus de 4000 mètres et traversant des régions péruviennes très reculées. Dès les premiers kilomètres, nous réalisons à quelle sauce nous allons être mangés. C’est le retour de la trocha, du sable, des pierres, de la poussière, du vent et des pentes raides. Nous nous aventurons sur les sinueux chemins surplombant le lac, nous prenons très vite de la hauteur afin de dominer ce mythique plan d’eau, et lorsque nous basculons de l’autre côté, nous découvrons un autre monde où tout signe de vie humaine se fait rare, mais où l’intensité de la nature sauvage fait merveille.

Le calme de la région contraste avec les vibrations incessantes que subissent nos corps et vélos en empruntant ces chemins en état lamentable, ce qui nous contraint à effectuer plusieurs réparations sur nos chambres à air. Le soir venu, nous sommes bien émoussés par cette éprouvante journée, et nous nous réjouissons d’une bonne nuit de repos dans le calme de l’altiplano péruvien. Si le premier village que nous traversons est désert et ne présente aucune offre de restauration ou d’hébergement, on nous indique un second pueblo non loin de là, où nous décidons d’aller tenter notre chance. Cette fois-ci, le hameau est bel et bien animé, et c’est un euphémisme ! Tout le village est en fête, hommes et femmes vêtus d’habits traditionnels dansent au rythme de la musique folklorique proposée par l’orchestre du coin, le tout en enchaînant sans modération des verres de Cusqueña. Nous profitons alors des derniers rayons de soleil afin s’imprégner de cette ambiance festive et d’échanger avec les habitants tout étonnés de nous voir débarquer ici avec nos drôles de vélos. L’un d’eux est le responsable des locaux municipaux du village, et nous offre alors une petite pièce dans l’un des bâtiments afin que nous puissions nous y établir pour la nuit. Cependant, et comme vous pouvez vous y attendre, dormir au centre du village animé par la seule fête de l’année n’est pas chose aisée. Nous ressortons alors nos bouchons d’oreilles et tentons tant bien que mal de fermer l’œil, bercés par le son des haut-parleurs de la petite scène située juste sous nos fenêtres…

Le lendemain, nous nous réveillons aux aurores avec comme but de franchir un col à presque 5000 mètres d’altitude. L’entame se fait en douceur, la pente est modérée et régulière, ce qui nous permet de bien se mettre en jambe. Nous poursuivons notre ascension dans ces conditions, satisfaits de notre forme physique, et soudain la route s’aplanit ! Sommes-nous déjà au sommet ? Un rapide coup d’œil sur notre GPS nous informe qu’il reste encore près de 300 mètres de dénivelé à parcourir. Nous avalons alors cette portion plate en un rien de temps et à la sortie d’un virage, nous apercevons finalement le sommet du col. Hélas, il n’est là plus question de pente douce et agréable, nous faisons face à un mur. Un mur, oui ! Nous sommes à 4700 mètres, déjà bien émoussés par trois longues heures de montée, et voici que se dresse face à nous un flanc de montage paraissant totalement vertical, où slalome une route aux lacets sinueux devant nous mener à presque 5000 mètres. L’obstacle est de taille, le serons-nous également ?

On ne va jamais réussir à franchir ça, s’exclame Antoine dépité mais lucide.

Mais pourquoi n’ont ils pas rajoutés quelques lacets supplémentaires afin de rendre la pente plus digeste ? Se questionne de son côté Maxime.

On s’élance alors à l’assaut de cette imposante paroi, et rapidement nous devons mettre pied à terre car la pente est trop raide. Nous poussons nos lourds vélos sur ce chemin en piteux état, nos pieds patinent sur ce revêtement sablonneux. Par endroits, des ruisseaux se trouvent sur la route, où l’eau est encore partiellement gelée en raison des températures nocturnes glaciales. Assurément cette montée a un côté épique. Pour ne rien arranger, le manque d’oxygène se fait ressentir, nous obligeant à faire des pauses tous les vingt mètres.

Mon cœur n’a jamais battu aussi fort de ma vie, s’exclame Antoine entre deux bouffées d’air vitales. Il transperce ma cage thoracique à chaque battement ! 

(silence)

Dans l’attente d’une réponse, Antoine lève les yeux en direction de Maxime, quelques mètres plus haut. Celui-ci cherche à reprendre son souffle avant de pouvoir formuler une réponse brève afin que celle-ci ne l’essouffle pas à nouveau.

Je ne peux pas parler, c’est pareil pour moi. Répond un Maxime dont le rythme quelque peu supérieur à celui d’Antoine, ce jour-là, aura le don de motiver son compère à atteindre le sommet.

Finalement, au bout d’une heure d’effort intense, la récompense arrive. Le sommet ! Le cœur tambourinant encore dans notre cage thoracique, le souffle court, nous jetons un dernier coup d’œil à cette route qui nous aura proposé un énorme combat tant mental que physique, puis nous nous équipons pour la descente. Nous décidons en effet de ne pas nous éterniser au sommet, car comme souvent à de telles hauteurs, n’importe quel lieu exposé se retrouve balayé par de violentes bourrasques glaciales, faisant regretter chaque seconde supplémentaire passée en short-sandales.

La descente se fait sur un chemin caillouteux de bonne facture, et nous nous retrouvons rapidement à nouveau à des altitudes raisonnables, où le climat y est plus agréable. Nous faisons étape au petit village de Juncal, où notre arrivée est remarquée, en témoigne la visite dans notre chambre d’hôtel d’une employée de la municipalité, venue faire une interview de notre périple. Puis, le lendemain, nous enfourchons nos vélos à la découverte de la région d’Ichuña. Nous sommes alors plongés dans des gorges où coule une petite rivière aux eaux turquoises bordée par diverses cultures de maïs, blé et figues de barbarie. Alors que nous avançons sur ce sinueux chemin à flanc de coteau, à contempler les multiples parcelles aménagées en terrasse sur chaque rive du cours d’eau, Antoine se voit contraint à poser pied à terre. Cette fois-ci, ce n’est pas une crevaison mais une chaîne cassée qui nous pousse à sortir notre trousse à outils. Heureusement, notre expérience en mécanique du vélo étant maintenant confirmée, il ne nous faudra que quelques petites minutes pour résoudre ce soucis, le temps d’enfiler un maillon rapide. Nous continuons alors notre visite des gorges sur un rythme paisible, où les jours défilent en même temps que nous longeons le Rio. Nous profitons de ces étapes agréables afin de reprendre des forces suite à « l’épreuve du mur », et hormis quelques crevaisons, devenues monnaie courante, nous arrivons à Yalagua, point de départ d’un nouveau col d’envergure.

Au programme, presque 1500m de dénivelé à avaler en une journée avant de rejoindre le haut plateau qui domine Arequipa. Nous prenons alors quelques forces en se gavant de figues de barbaries – ce fruit est très commun dans cette région, et nous sommes pile à la bonne saison – et nous faisons le plein de rustines, notre stock étant décimé suite aux nombreuses crevaisons de ces derniers jours.

À peine 3 kilomètres après notre départ que nous crevons déjà pour la première fois. Décidément, depuis le Lac Titicaca, nous ne sommes pas vernis ! Heureusement, il ne nous manque que trois jours avant d’atteindre Arequipa et de pouvoir y refaire notre stock de chambres à air, qui commencent à accumuler les rebletz… Nous continuons à monter à flanc de falaise sur une route où nous nous sentons seuls au monde, et hormis le bus quotidien qui relie cette région à Arequipa, nous ne croisons pas le moindre véhicule. Nous avançons lentement mais surement en direction du col que nous atteignons en début d’après-midi. Devant nous se dresse, noir et impressionnant, le cône du volcan Ubinas, que nous contemplons avec admiration. Cependant, nous savons qu’il ne faut pas trop s’éterniser à de telles hauteurs, l’air étant déjà très frais, et que ce soir-là, aucun hôtel ou abri ne pourra nous servir de refuge. Nous montons alors le camp et concoctons notre repas de soir – ou plutôt de l’après-midi – et aux environs de 17h nous nous retrouvons déjà tout emmitouflés dans nos sacs de couchage, prêts à affronter le froid glacial de la nuit. Avant de trouver le sommeil, nous pronostiquons sur nos chances de rejoindre Arequipa avec nos pneus gonflés, notre rythme effréné de crevaisons ainsi que notre stock limité de patchs n’annonçant rien de rassurant…

Après environ quinze heures passées sous la tente, nos batteries sont à nouveau pleines et nous nous mettons en selle pour rejoindre la région de Laguna de Salinas, lieu touristique de la région d’Arequipa. Ce jour-là, le vent est particulièrement fort et matinal, et la tôle ondulée sur la route particulièrement inconfortable. L’avancée est pénible, si bien qu’à la pause de midi, lorsqu’un policier nous offre l’hébergement dans sa caserne, nous n’hésitons pas un instant à parquer nos vélos jusqu’au lendemain. Mais si la gentillesse et la générosité des policiers de l’établissement sauront nous toucher, notre séjour avec eux sera pâli par les températures glaciales de l’endroit, que l’on pourrait sans exagération qualifier de Sibérie sud-américaine ! En témoignent l’interminable nuit passée sans trouver le sommeil en raison d’orteils frigorifiés ainsi que l’eau de la cuvette des toilettes gelée au petit matin, et ce même si les infrastructures sont protégées par quatre murs et un toit !

Dans de telles circonstances, nous ne faisons pas vieux os au moment de se remettre en route, et sommes contraints à rouler à une allure soutenue afin de chauffer nos corps et de lutter contre l’air glacial qui transperce nos membres. Les conditions sont loin d’être agréables mais les paysages sont sublimes. Devant nous commencent à se dessiner les deux volcans Misti et Chachani, porte d’entrée de la ville d’Arequipa située quelques 2000 mètres plus bas et dont son climat nous fait rêver.

Nous poursuivons notre route dans une atmosphère qui se réchauffe petit à petit grâce aux rayons du soleil et bientôt il ne nous reste plus que de la descente afin de rejoindre Arequipa et sa météo clémente. Dans cette optique, nous attaquons les lacets caillouteux à vive allure mais sommes très vites ralentis par une première crevaison. Aussitôt réparée qu’intervient la seconde, puis la troisième… Notre patience atteint ses limites, nous analysons en détail le pneu, le fond de jante, la jante et les chambres à air, mais rien d’anormal n’apparaît à nos yeux. C’est dans cette incompréhension que nous poursuivons notre descente, cette fois-ci à un rythme plutôt lent afin de ménager nos chambres à air. Puis vient enfin l’asphalte, où nous pensons être tirés d’affaire.

Sur le goudron, cela devrait aller mieux, soupire Antoine, les mains pleines de cloques à force d’appuyer sur la pompe pour regonfler ses pneus.

Oui, j’espère ! Combien nous reste-t-il de patchs ? Demande Maxime quelque peu inquiet.

Aucune chambre à air et une rustine… On devrait y arriver. Retorque Antoine, peu convaincu par ses propres propos.

La suite donnera raison au scepticisme d’Antoine, car deux crevaisons plus tard, c’est à pied, le pneu plat et le pouce levé que les Riders terminent leur étape. Heureusement, une camionnette nous dépose au centre-ville où nous nous offrons une chambre en auberge de jeunesse afin de se remettre de nos émotions. Notre arrivée à Arequipa marque également la fin du « Camino del Puma », qui nous aura mis maintes fois au défi, de par ses hauts cols et son climat rude, mais qui nous aura offert une expérience hors du commun, en particulier grâces à ses paysages sauvages et immaculés.

A Arequipa, nous trouvons un atelier mécanique pouvant remettre sur pied nos vélos, bien secoués par la trocha péruvienne de ces derniers jours. Pendant ce temps, en plus de s’offrir quelques petits plaisirs culinaires – la ville étant réputée pour sa gastronomie – nous planifions déjà notre prochaine aventure : l’ascension du volcan Chachani, culminant à plus de 6000 mètres ! Nous partons alors avec un guide et trois compagnons d’aventure, et après une première journée de 4×4 et de marche toute tranquille, nous établissons notre camp de base à plus de 5000 mètres.

Nous nous octroyons alors quelques heures de repos puis débutons l’ascension finale au milieu de la nuit, où seules nos lampes frontales nous éclairent. La montée s’effectue à un rythme très lent afin de ne pas manquer d’oxygène, l’air étant très peu dense à de telles hauteurs. Une fois à proximité du sommet nous apercevons en contrebas, à quelques 3500m en dessous de nous, les lumières de la ville qui est encore bien endormie. Arrivés en haut, les sensations sont grandioses. Nous assistons à l’apparition des premiers rayons de soleil et même si au vu du spectacle, nous pourrions rester là des heures, le vent glacial qui se lève aura vite fait de nous encourager à quitter les lieux. Un dernier regard sur le volcan Misti qui nous fait face, sur l’altiplano, les Salinas et le volcan Ubinas qui nous ont accompagné tout au long de la semaine, et nous attaquons la descente. Nous regagnons alors en milieu d’après midi notre chambre d’hôtel et nous écroulons comme des masses sur nos lits jusqu’au lendemain.

Nos vélos bichonnés et nos corps reposés, nous sommes prêts à quitter Arequipa. Pour ce faire, nous prenons un bus jusqu’à Sicuani, d’où nous roulons en direction de Combapata et des fameuses montagnes Arc-en-ciel, qui se visitent à pied après avoir emprunté un minibus sur une route de montagne en piteux état. Nous arrivons alors en fin de journée dans un décor splendide avec en premier plan des sommets multicolores, un peu plus loin des collines rougeâtres et en arrière plan, les magnifiques sommets enneigés de la Cordillère des Andes.

Nous redescendons à la tombée de la nuit, que nous passerons dans un petit hôtel de Combapata avant de se remettre en route dès le lendemain matin. Si depuis quelques temps, nous soupçonnons la nourriture péruvienne de nous retourner l’estomac, Antoine se réveille ce matin-là avec une violence des symptômes encore jamais égalée. C’est donc avec un système digestif très capricieux qu’il attaque cette étape, où les multiples pauses toilette permettent de reposer nos jambes luttant contre le vent de face présent dans la vallée que nous parcourons. Nous atteignons Urcos, ultime étape avant Cusco que nous rejoignons dès le jour suivant, dans des conditions peu confortables. Si l’estomac d’Antoine se montre toujours aussi fébrile, c’est maintenant la pluie qui vient se mêler à la partie. Etonnés par une telle météo en cette période, nous nous informons auprès des locaux :

En cette saison, il n’y a normalement jamais de pluie. Ce qu’il se passe actuellement est vraiment exceptionnel, cela est surement dû aux effets du changement climatique ! Nous informe la serveuse de la gargote où nous nous réfugions de la pluie.

Cette situation ne manque pas de nous rappeler nos mésaventures de San Pedro de Atacama, et c’est alors en rigolant que nous lui répondons :

– Non madame, cela n’a rien à voir avec le réchauffement global, les seuls coupables sont sous vos yeux ! Cela fait des mois que nous voyageons, et c’est à chaque fois la même histoire : lorsque nous débarquons quelque part, le climat se dérègle complètement à la plus grande stupéfaction des locaux !

Nous laissons alors l’averse passer et parcourons nos derniers kilomètres dans la ville de Cusco afin de rejoindre Stefanny, notre hôte Couchsurfing. Nous nous établissons chez elle pour plusieurs jours, le temps de laisser le temps aux antibiotiques de remettre Antoine sur pied, de visiter la ville mais aussi et surtout le célèbre Machu-Picchu.

Une fois nos billets de bus, train, et entrée au site sacré réservés, nous quittons Cusco de bonne heure en direction de la fameuse citadelle. Si le coût total d’une telle expédition a de quoi nous laisser perplexe, les multiples retours d’expériences des locaux et touristes croisés tout au long de notre séjour en Amérique de Sud nous ont convaincu à tout de même s’offrir une visite de ce lieu incontournable du Pérou. Dès que nous prenons place dans notre petit siège de bus nous menant à Ollantaytambo, point de départ du train pour le Machu-Picchu, nous réalisons l’ampleur de la situation. C’est vraiment l’usine à touristes, et étant plutôt habitués aux zones sauvages et peu fréquentées, nous devons faire un gros effort afin de supporter l’agitation générale qui règne dans notre véhicule. Puis, après environ deux heures de train, nous débarquons à Aguas Calientes, où deux options s’offrent à nous afin de rejoindre la cité inca. La version sportive et économique consiste à emprunter un chemin de plus de 1700 marches traversant une forêt humide et étouffante, alors que l’option « confort » consiste à emprunter un bus qui s’arrête pile devant l’entrée du site. Sportifs comme nous sommes, et refusant de payer l’équivalent de notre budget quotidien pour 10 minutes de bus, nous partons à l’assaut des marches d’escalier, où nous retrouvons également un certain calme que nous apprécions, la majorité des touristes optant pour l’autre alternative.

Une fois en haut, nous nous octroyons une pause afin de faire sécher notre transpiration et d’avaler notre pic-nic. Mais rapidement, le ciel se couvre et de petites gouttes se mettent à tomber du ciel. Nous nous mettons à l’abri dans l’idée de laisser passer cette pluie passagère. Nous savons qu’ici, en raison du vent et de l’humidité ambiante de la région, le climat peut changer très vite, c’est pourquoi nous avons espoir que d’ici peu, le soleil refasse son apparition. Mais alors que nous terminons notre sandwich, la pluie s’est intensifiée et ce sont désormais des trombes d’eau qui tombent du ciel. Ayant un timing serré à respecter, nous ne pouvons plus attendre davantage et enfilons alors nos vestes de pluie et commençons à faire la file d’attente. A peine entrés dans l’enceinte sacrée que nous sommes déjà trempés jusqu’à l’os ; nous réalisons à ce moment que nos vestes imperméables ont quelque peu perdu de leurs capacités… De là commence une course contre-la-montre de point de vue en point de vue afin de visiter la cité le plus rapidement possible, en essayant d’immortaliser ce moment malgré la buée et les gouttes d’eau présentes sur nos capteurs d’appareils photos.

Nous regagnons alors notre abri en un temps record et, alors que la pluie persiste, décidons de redescendre en bus, et ce même au vu des tarifs exorbitants proposés. Tous nos habits sont détrempés, il fait froid et le chemin est devenu impraticable en raison de la boue. Arrivés à Aguas Calientes, alors que notre plan initial était de marcher encore 10 kilomètres afin de trouver un hôtel abordable pour y passer la nuit, nous n’avons qu’une seule envie : retourner à Cusco, enfiler des habits secs et ne plus jamais entendre parler du Machu-Picchu ! Nous nous dirigeons alors au guichet de gare afin d’acheter un ticket de retour.

Bonjour, quand est-ce que part le prochain train pour Cusco ? Demande l’un de nous.

Dans 20 minutes, répond le chef de gare.

Parfait, donnez-nous deux billets, s’il vous plait.

D’accord, mais il vous faudra faire vite car…

Oui oui, très bien, on se dépêchera ! Répondons-nous en cœur, n’ayant qu’une seule envie, sauter dans ce train au plus vite.

Alors se sera 110$ par personne, s’il vous plait, nous demande poliment notre interlocuteur.

Nous nous regardons et pour la première fois du voyage, le prix à payer n’a aucune importance. Il nous aurait demandé 1’000$ que cela nous aurait fait le même effet ! Nous payons, entrons dans le train et comptons les minutes jusqu’à Cusco, où nous débarquons les habits encore bien humides. Le trajet en train nous a permis de tirer un premier bilan sur cette journée qui a viré à la catastrophe : le Machu-Picchu, c’est cher, et sous la pluie, c’est nul !

Le lendemain matin, remis de nos émotions, nous prenons un malin plaisir à repenser à nos péripéties de la veille. Et c’est là l’essentiel : même si tout ne fut pas parfait, cette journée a gravé en nous des souvenirs forts que nous ne sommes pas prêts d’oublier ! En plus, cette visite constitue également la dernière expédition que nous partageons ensemble, avant que Maxime ne rentre en Europe et qu’Antoine ne poursuive son aventure au Pérou, notamment à la Reserva Paisajistica Nor Yauyos-Cochas puis dans la Cordillère Blanche. Si la séparation n’a pas été facile, tant pour l’un que pour l’autre – se quitter après environ 10 mois passés ensemble n’est en rien évident – le programme alléchant de chacun les aidera à couper le cordon plus facilement. En particulier, Antoine se délectera des paysages sublimes de la Cordillère de Huayhuash qu’il arpente lors d’un trek de 10 jours alors que Maxime s’offre quelques kilomètres de vélo supplémentaires dans les îles Lofoten en Norvège avant de rejoindre la Suisse.

3 commentaires sur « Du Lac Titicaca à Cusco: entre pentes raides et pneus plats »

  1. Quelle belle et inoubliable aventure :-). Malgré le Covid… les soucis techniques… les épreuves qui vont obligés à sortir de votre zone de confort… vous êtes restés optimistes et volontaires et avez réalisé votre projet. Bravo ! Vous avez toute mon admiration ! Et un tout grand merci à vous 4 de nous avoir donné la possibilité de partager ce beau voyage et découvrir ses régions sauvages via votre blog. Bon retour en Suisse et au plaisir de partager un moment avec vous tout bientôt. Amitiés Judith

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  2. Fue muy bueno encontrar mis primos de nuevo en Bolivia… son recuerdos muy divertido. Es loco como el tiempo pasa tan rapido y ahora todos estamos de nuevo en Europa. Y los paisajes desde el lago titicaca hasta arequipa son increible! Saludos de la prima niki

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